Cette espèce invasive est devenue emblématique. Arrivé en France en 2004 dans les poteries venues de Chine, le frelon asiatique occupe désormais une bonne partie de l'Europe de l'Ouest.

Frelon asiatique, ou à pattes jaunes
Frelon asiatique, ou à pattes jaunes © Getty

L'animal figure en bonne place sur la liste des insectes mal aimés, au grand dam de l'entomologiste François Lasserre. :

"Il a vraiment tout pour déplaire. Il porte un nom qui fait peur. Il vient d'Asie, il s'etend très vite sur le territoire. Et puis surtout, il s'est attaqué au seul insecte qui a un syndicat, l'abeille domestique. 

Les frelons asiatiques se seraient attaqués aux moustiques ou aux mouches à merde, on n'en entendrait à peine parler, voire on les accueillerait. 

Certes, on tient plus à nos abeilles à miel qu'à nos mouches à merde, mais les frelons asiatiques menacent-il seulement les abeilles domestiques ? Quel impact ont ils sur les autres espèces d'insectes ? Pour le savoir, des chercheurs français se sont postés à l'entrée de plusieurs nids de ces frelons. À l'aide de filets, ils ont intercepté douze mille deux cents individus et leur ont dérobé leurs proies. 

C'est ainsi qu'ils ont constaté qu'à leur menu, il y avait certes des abeilles domestiques pour 38%, mais aussi un petit tiers de mouche, 20% de guêpes et une multitude d'autres arthropode. Bref, selon cette étude parue dans les Annales de la Société entomologique de France, le frelon asiatique est un prédateur généraliste et opportuniste qui chasse principalement les insectes les plus abondants. Son impact sur la plupart des espèces sauvages semble donc limité. Voilà qui remet en question certaines pratiques visant à piéger ces frelons en les attirant avec un liquide sucré, comme l'a expliqué l'un des auteurs de cette étude, Quentin Rome, l'entomologiste au Muséum national d'histoire naturelle. 

"Le piégeage aujourd'hui n'est pas sélectif et il va capturer d'autres espèces d'insectes, dont des espèces qui sont rares, voire pour certaines peut-être protégées. Alors que le frelon asiatique il va visé des espèces qui sont abondantes. Finalement, il a peu d'impact sur la diversité." 

Autrement dit pour bon nombre d'insectes sauvages, ces pièges sont plus dommageable que le frelon asiatique lui même. Alors, comment protéger les abeilles domestiques de ces frelons sans nuire aux autres insectes ? En mettant par exemple en place des dispositifs pour protéger les ruches? Il faut savoir que beaucoup d'abeilles meurent non pas parce qu'elles sont mangées par les frelons, mais parce qu'elles restent cloîtrées dans leur ruche assiégée par l'animal. D'où l'intérêt d'utiliser ce que l'on appelle une muselière. 

"ça ressemble vraiment à une muselière de chien. C'est un grillage qui est devant l'entrée de la ruche et qui permet d'éloigner les frelons de 25 centimètres de l'entrée de la ruche. 25 centimètre c'est suffisant pour que les abeilles continuent à maintenir une activité." 

Et ce maintien d'activité augmente les chances de survie de la ruche. Même si quelques abeilles sont mangées au passage. Une autre piste serait la mise au point de pièges dirigés plus sélectivement contre les frelons. Mais cette idée, bien sûr, séduit moyennement notre amoureux des insectes, François Lasserre, qui préfèrerait que l'on sélectionne des abeilles capables de se défendre. 

"Donc, on parle de la fameuse abeille noire, qui serait l'abeille un peu plus originelle et qui serait plus agressive, donc plus piquante pour les apiculteurs. C'est aussi un peu pour pas qu'on les avait délaissé. Mais du coup, le fait d'avoir sélectionné de l'abeille vraiment très docile fait que dès qu'il y a un nouveau problème qui arrive, surtout un prédateur très habile comme le frelon à pattes jaunes, elles ont du mal."

François Lasserre préfère appeler ce frelon asiatique le frelon à pattes jaunes. 

"C'est moins stigmatisant et puis c'est son vrai nom, d'ailleurs. Et puis surtout, maintenant, ils sont plus trop asiatiques. Ça fait des années qu'ils sont nés ici, en Europe. Donc on pourrait cesser pour de les stigmatiser en étranger, mais plutôt les accueillir en tant que nouveau Européens."

Pas certain que tous les apiculteurs soient très emballés par cette idée. Mais a-t-on vraiment le choix, finalement ? Pour François Lasserre comme pour Quentin Rome, il est assez illusoire de penser éradiquer le frelon asiatique. Nous allons devoir vivre avec eux, comme le font de nombreux pays à l'autre bout du monde, avec nos insectes. 

"Nos guêpes communes les jaunes et noires ont été implantés dans pas mal de pays, dont la Nouvelle-Zélande et depuis les années 70, ils essayent de les éradiquer, ils n'y arrivent pas. Bien sûr, il y a plein d'autres exemples où ce sont les insectes Européens qui ont été emportés ailleurs. Ne serait ce que l'abeille domestique." 

L'abeille domestique est arrivée en Amérique du Nord avec les colons. Donc, on pourrait dire que l'abeille domestique en Amérique est une espèce invasive. 

Mais on lui passe tout à cette abeille à miel et savoir que ses piqûres sont plus toxiques que celles du frelon n'y changera rien

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