La tension serait grande entre usagers de la forêt dans le massif vosgien : les VTT sont accusés par certains de dégrader les sols, pendant qu’eux défendent une pratique responsable et respectueuse de l’environnement qui les entoure.

En forêt, la colère monte entre vététistes et randonneurs
En forêt, la colère monte entre vététistes et randonneurs © Getty / picture alliance

En septembre, un vététiste de 18 ans a été évacué par hélicoptère car il s'est pris un arbre plein pot, après être passé sur une planche à clous dans le massif vosgien. J'en ai parlé avec Thomas Bastien qui a commencé le VTT tout petit. Il sort toutes les semaines autour de Colmar et ces pièges sont bien réels

Ce n'est pas une légende, on a des planches à clous, on a vu apparaître des choses plus dangereuses avec des câbles de fer tendu à hauteur de poignée de guidon sur les sentiers pour nuire aux vététistes. Mais ça reste marginal. 

Marginal mais suffisant pour relancer un vieux débat ? 

Ce qui agace profondément Philippe Lambert, le patron de la Fédération française de cyclisme, dans le Haut-Rhin : “Faut pas non plus exagérer […] C'est pas une tendance générale, c'est un épiphénomène de gens complètement… idiots”.

Ceux qui sont montrés du doigt avec ces histoires de planche à clous, de câble et de barbelés aussi parfois, ce sont les quelque 500 signataires d'une pétition de l'association SOS Massif des Vosges, lancée cet été pour freiner la pratique du VTT, accusée d'avoir ravivé la colère et un peu mis le feu aux poudres. Mais le président Dominique Humbert, se défend : “Nous n’y sommes strictement pour rien. Nous avons toujours condamné, évidemment fermement, ces pratiques, qui sont criminelles. Les gens qui font ça sont des criminels et nous ne sommes pas à l'origine de ces pratiques. [Nous n'attisons pas la colère], nous développons un point de vue”.

L'association estime que les VTT dégradent le massif

Dominique Humbert poursuit : "Un vélo, ça creuse, ça a du poids. Et souvent les vététistes, pour avoir plus de sensations, prennent des virages en dérapage, ou freinent très brutalement pour négocier une courbe particulière… Et il faut savoir que souvent, les vététistes, même lorsque lorsque le chemin existe, préfèrent souvent le hors-piste. 

On retrouve des sols qui sont très, très vite totalement dégradés.

L'impact des VTT sur les sols est-il si important ?

Pour le savoir, Camille Crosnier s'est rendue du côté de Kruth, avec Joseph Peter, le président du club vosgien. Il gère 21 000 km de sentiers pédestres dans le massif vosgien et constate en effet l'érosion des sols par les vélos : "La nature n'est pas un terrain de jeu. Au-dessus de nous, il y a des sapins des Vosges, du hêtre, de l'érable sycomore, des mousses, peut être des des lichens...

La nature, on ne peut pas y faire n'importe quoi. On n'est pas sur du macadam, on n'est pas sur une surface minérale ici, on est dans un écosystème vivant

Construire ensemble l'avenir du massif vosgien

Le club vosgien a lancé, juste avant l'été, un concept d'itinéraire partagé entre randonneurs et vététistes. Il a été pensé avec tous les acteurs ; c'est le premier du genre. 

"Nous, ce qu'on essaie, c'est d'organiser pour préserver la nature" explique Joseph Peter. "Certains sentiers doivent être dédiés à la marche, d'autres au VTT. C'est ainsi qu'on arrivera à construire l'avenir dans le Massif vosgien”. 

Parce que c'est bien l'enjeu avec de plus en plus de monde : "Le vrai problème, c'est l'éducation dans un contexte nouveau où la montagne est de plus en plus… on ne peut pas dire envahie parce que ce n'est pas vraiment le mot qui convient, mais en tous les cas, de plus en plus fréquentée. Dans les trois millions de vététistes, il y a effectivement parmi eux des gens qui font un peu n'importe quoi, qui font des obstacles, etc. Mais on ne peut pas diaboliser les vététistes et en faire des boucs émissaires de la détérioration de la nature ! C'est insensé de dire des choses comme ça”. 

Les vététistes ont eux aussi lancé une contre pétition, avec 10 000 signatures.  

L'association SOS Massif des Vosges n'est pas pour l'interdiction mais voudrait que les vététistes pratiquent sur les pistes des stations de ski hors période de neige ou qu'ils restent sur les chemins forestiers accessible pour les deux roues.  

“Je ne parle pas de réguler la fréquentation : fréquente qui veut, le massif est une très belle petite perle, il n’est pas question pour nous de l'interdire à quiconque. 

Mais qu'on vienne dans le massif pour ce qu'il est, et non pas pour l'instrumentaliser comme un terrain de jeu artificiel qui serait au service de n'importe quelle nouvelle activité. 

Demain, de nouvelles activités vont apparaître, soyez-en certains. Et ça veut dire que demain, tout le massif risque d'être envahi et dégradé par des activités de ce type ? On nous dira "au nom de la liberté" - mais de quelle liberté ?" 

Voilà, vous aurez compris que les tensions s'apaiseront peut-être et on le souhaite. Mais le débat lui, est loin d'être terminé. 

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