Tout le monde connaît les eaux de Vittel, Contrex et Hépar, propriétés de Nestlé Waters dans les Vosges. Mais le groupe est accusé de participer à l’assèchement de la nappe phréatique. Il se défend mais sur place, les opposants au géant ne baissent pas les bras.

Décharge sauvage de bouteilles en plastique Vittel
Décharge sauvage de bouteilles en plastique Vittel © Radio France / Camille Crosnier

L'eau est au cœur d'une lutte hautement ambitieuse, puisqu'elle s'attaque au géant industriel Nestlé Waters, propriétaire des eaux de Vittel, Contrex et Hépar

Il y a deux usines, une à Vittel et une autre la plus grande à Contrexéville (900 temps pleins)

1,4 milliards de bouteilles en sortiraient chaque année. C'est bien plus que lorsque Nestlé Waters est entré au capital de la société des eaux de Vittel dans les années 1960. Il en détient presque 100% depuis les années 1990. 

Camille Crosnier a rencontré Bernard Schmitt et Renée-Lise Rothio, médecins retraités qui mènent le combat avec leur collectif “L'eau qui mord” :

Selon le bureau de recherche et de géologie minière BRGM, au-delà de 2050 la nappe profonde est fichue

Bernard Schmitt explique : "La nappe est remplie d'eau, qui viendra par un mécanisme de surverse saliniser cette eau qui ne sera plus potable pour les populations. Donc c'est maintenant ou jamais qu'il faut stopper la surexploitation de cette nappe phréatique afin qu'elle commence à se recharger. Elle devait être à l'équilibre en 2015, ça a été reporté en 2021 et maintenant reporté en 2027. Je dis que c'est criminel".  

Un pillage industriel ?

C'est un pillage industriel estime Renée-Lise Rothio : "Il y a trois nappes sous nos pieds et Nestlé pille les trois. Que Nestlé n'ai pas envie de partir, on comprend bien : c'est une multinationale, ils sont là pour faire du profit. Ils se foutent complètement de ce que deviendra l'avenir des gens ici, mais que les politiques ne tirent pas la leçon malgré ça... On a des dirigeants qui ne sont pas capables de dire "Maintenant, on arrête" !". 

Et oui, parce que tout ces prélèvements sont parfaitement légaux. 

Alors Nestlé Waters indique les avoir presque divisé par deux depuis vingt ans de sa propre initiative dans la nappe phréatique du Grès du Trias Inférieur (celle qui est menacée). C'est toujours trop pour les opposants et surtout : “Ce qu'ils ne disent pas, c'est qu'en compensation des baisses de prélèvements dans cette nappe profonde, ils ont obtenu des prélèvements supplémentaires dans les nappes superficielles." précise Bernard Schmitt. "Donc en fait ils n'ont rien diminué du tout". 

Contactés, les responsables du groupe ont indiqué par mail qu'une "gestion pérenne de la ressource en eau est un enjeu prioritaire".

Le groupe Nestle - Waters est accusé de "piller" les nappes phréatiques
Le groupe Nestle - Waters est accusé de "piller" les nappes phréatiques © Radio France / Camille Crosnier

L'emprise de Nestlé-Waters sur la région

Renée-Lise Rothio estime qu'"Ils ont une emprise totale sur le territoire. Une emprise sur les habitants et les politiques. 

C'est Nestlé qui fait la loi ici.

Une omniprésence qui se confirme en interrogeant les habitants au hasard :

  • "Sans Nestlé, Contrex et Vittel, ici ça existe pas. Je ne peux pas me permettre de critiquer l'usine parce que ça fait vivre tout ce qu’il y a autour". 
  • "Dans ma génération, il y a quasiment [toujours] un ou deux parents qui travaille(nt) à Nestlé".  
  • "Disons que y'a un certain monopole de Nestlé, bien sûr".  
  • "C'est Nestlé-Land ou Nestlé-ville, comme on veut"

Des décharges industrielles sauvages de bouteilles Vittel

Il y a une quelques d'années, un site a été découvert à 10 km de Vittel, dans la forêt de They-sous-Montfort. Renée-Lise Rothio nous y emmène : "On longe une espèce de butte qui fait une centaine de mètres de long". 

Cette butte, en réalité, c'est une décharge de plastique industriel

"Cette décharge a été découverte par hasard par une personne qui cherchait des champignons. Elle a trouvé que le bruit [qu’elle faisait en marchant] n’était pas un bruit normal de feuilles mortes, et en regardant par terre, elle a vu” : il y a des centaines de bouteilles plastiques , avec le "V” de Vittel et la croix de Lorraine. 

Ces bouteilles qui ont entre 30 et 50 ans. “Avec l'érosion de la partie visible, on a appris qu'en réalité ici, au départ, avait été creusée une fosse gigantesque dans laquelle les bouteilles étaient amenées et brûlées”. Les bouteilles contiennent du PVC donc du chlore - hautement toxique.

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Une pollution des sols certaine, selon Bernard Schmitt. Selon Nestlé-Waters, des analyses sont en cours. Les résultats devraient tomber dans les semaines qui viennent. 

Il y aurait au moins quatre sites de ce genre, antérieurs à l'acquisition de l'entreprise par Nestlé-Waters - mais elle était déjà au capital à l'époque. 

Pollution qui fait tâche pendant que, au sujet des nappes phréatiques, l'étau se ressert. La chaîne de magasin Lidl, en Allemagne, a annoncé cette semaine arrêter de vendre de la Vittel. Le combat de David contre Goliath n'est pas complètement plié. 

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