Être reconnu comme le candidat anti-système, c'est simple : il suffit d'être anti-anti-anti-système.

Jean-Luc Mélenchon lors d'une démonstration de kick-boxing à Marseille
Jean-Luc Mélenchon lors d'une démonstration de kick-boxing à Marseille © Maxppp / Frédéric Speich

Le mot est un peu compliqué mais vous allez voir, c'est finalement une idée assez simple en terme de communication politique sur les réseaux sociaux. Tout part de cette question : dans une campagne où les candidats dressés seuls contre le système n'ont jamais été aussi nombreux, comment prouver que l'on est bien LE candidat anti-système ? Pour beaucoup de militants, la réponse est très simple : il suffit de prouver que le système est contre vous. Si vous apportez les preuves que le système (politique, médiatique, financier) cherche à vous couler, c'est bien que vous représentez un danger pour lui.

C'est par exemple l'argument récurrent des soutiens de François Asselineau, depuis plusieurs mois (voire plusieurs années) sur Internet : répéter partout qu'il est bien le candidat anti-système, d'abord parce que le système l'ignore, ensuite parce que lorsqu'il lui permet de parler, il le caricature.

Répondre à la caricature par la caricature

L'idée est aussi utilisée par les soutiens de Jean-Luc Mélenchon, et c'est tout à fait logique dans le cas du candidat de la France insoumise , qui mène avec brio une campagne en marge des médias traditionnels, en utilisant des canaux de diffusion alternatifs (YouTube, Twitter ou le web plus largement) pour ses discours ou explications, et en acceptant de laisser les internautes militants utiliser son image et ses idées pour les diffuser de manière plus "originale". Y compris avec un sens du décalage assez délicieux, comme ici avec ce remix de Khaled Freak sur YouTube, applaudi par Jean-Luc Mélenchon lui-même.

Mais se dire antisystème, c'est bien, le prouver en montrant que le système est contre vous c'est encore mieux. Et cette semaine plusieurs éditorialistes et médias ont fourni la matière idéale, notamment en développant (dans des articles ou des tribunes) l'idée d'un "danger Mélenchon" ou en soulevant certains points polémiques de son programme.

L'occasion était trop belle et très vite, les internautes de la France insoumise s'en sont saisis, en répondant à ce qu'ils considèrent comme une caricature par la caricature. Le 11 avril, on a donc vu fleurir sur Twitter un hashtag parodique #ParleCommeLeSystème. Un mot-clé lancé, d'ailleurs, par l'un des responsables de la communication numérique de Jean-Luc Mélenchon. C'est souvent le cas dans cette campagne numérique : l'équipe officielle donne une "impulsion", une idée qui est ensuite massivement relayée.

Avec succès d'ailleurs, puisqu'il a généré plusieurs centaines de tweets dans les heures qui ont suivi, souvent très drôles d'ailleurs.

Encore une fois, l'idée est claire : le système caricature grossièrement Jean-Luc Mélenchon, c'est donc que le système est contre Jean-Luc Mélenchon, c'est donc bien que Jean-Luc Mélenchon est contre le système. CQFD.

Une stratégie efficace qui parfois se prend les pieds dans le tapis

Dans la même ligne, vous avez peut-être vu passer sur Facebook et Twitter cet article rapidement devenu viral dont le titre est une citation de BHL : "Si Mélenchon est élu, je quitte la France"...

Information elle aussi massivement reprise, là encore comme preuve de "l'anti-systémitude" du candidat... Pas de chance, l'article était un faux, lancé par le site NordPresse, spécialisé dans le canular virtuel. Comme quoi, même quand on est anti-système, il faut savoir garder la tête froide.

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