Difficile de savoir qui est qui sur les réseaux sociaux, encore plus quand on parle de politique. Et si les "fake news" étaient dépassées, remplacées par les "fake people" ?

Brigitte Macron, notamment, a vu son identité "empruntée" sur Twitter
Brigitte Macron, notamment, a vu son identité "empruntée" sur Twitter © Reuters / POOL New

Longtemps, l'exercice était réservé aux comptes parodiques, comme on en a vu se multiplier sur Twitter quasiment depuis sa création. Mais aujourd'hui, le "faux compte officiel" relève parfois (au mieux) de la stratégie politique ou (au pire) de la pure malveillance.

Premier exemple : le vrai-faux compte de Brigitte Macron

Pendant plusieurs semaines, un compte @MacronTrogneuxB a attiré l'attention des internautes, y compris des journalistes puisqu'une bonne partie d'entre eux se sont mis à la suivre. Il faut savoir que sur Twitter, il y a deux types de comptes : ceux qui sont certifiés par Twitter, dont l'identité est donc certaine et vérifiée par le réseau social, ceux qui ne sont pas certifiés. Ça ne veut pas dire que la personne qui tweete n'est pas qui elle prétend être, mais qu'il va falloir en être sûr en analysant ce qu'elle écrit, quand elle l'écrit et dans quel contexte...

Or pour ce compte censé être celui de la Première dame, tout semblait coller : elle soutenait clairement Emmanuel Macron, retweetait des messages de soutien, et réagissait même à l'actualité avec des réponses totalement dans le personnage, en interpellant par exemple Jean-Luc Mélenchon pour lui demander de faire barrage au Front national.

Pas de chance, c'était bien un faux ! Créé par un ancien attaché parlementaire, Vincent Goyer, qui en a fait une petite "expérience de communication". Il explique que même des journalistes l'ont contacté, pensant parler avec Brigitte Macron, pour lui proposer des interviews...

Le compte a depuis été fermé, sur demande de l'équipe d'Emmanuel Macron.

Deuxième exemple : les faux soutiens d'Aurore Bergé

Cette fois, on n'est plus face à un "compte non-malveillant", au contraire : et c'est la candidate aux législatives de "La République en Marche" en a été victime... Depuis le 12 mai, un tweet a été largement repris, posté par un compte @EM_Rambouillet, s'indignant du "parachutage" de la candidate :

Sauf que le compte en question est tout sauf officiel. Le vrai compte s'appelle @EnMarcheRBT... Mais en termes d'image, le mal est fait et on peut légitimement soupçonner que c'était le but. La méthode avait déjà fait ses preuves pendant l'entre-deux-tours, où de nombreux faux comptes de soutien à Jean-Luc Mélenchon servaient en fait à essayer de démolir l'image de ses militants, en plein questionnement sur le "vote utile" du 7 mai.

Ce qui est intéressant c'est que ce compte a été créé au lendemain du premier tour de la présidentielle : suffisamment tôt pour préparer le terrain en postant trois tweets très généraux de soutien à Emmanuel Macron, comme pour lui donner une certaine illusion de crédibilité, avant de passer à la seconde phase, le lancement d'attaques personnelles.

Troisième exemple : les faux ministres du vrai gouvernement Philippe

Cette fois, difficile d'établir les raisons ou les conséquences futures de ces usurpations d'identités. Dans la foulée de la nomination du gouvernement mercredi, on a vu fleurir sur Twitter des comptes tout neufs de ministres, non-certifiés par le réseau social : Jacques Mézard, Agnès Buzyn, ou Françoise Nyssen par exemple.

Des comptes qui prennent les atours du vrai : photo de la personne, tweets et retweets d'informations officielles sur sa nomination. Le tout, pour mieux endormir la vigilance quand arrive le faux.

Le faux compte de la ministre de la Culture a ainsi annoncé jeudi la mort d'une romancière. Problème : induit en erreur, Le Figaro a repris l'information, avant de rectifier. Le compte avait en fait été créé, on l'a appris ensuite, par un prof de littérature italienne adepte de l'usurpation d'identité numérique.

Ce qui est intéressant, ou inquiétant (comme on veut), c'est de voir à quelle vitesse se créent ces faux comptes, par anticipation en vue de futures actions. Comme des armes qu'on chargerait au cas où, pour plus tard : reste à savoir qui les charge et avec quelles munitions...

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