L'abstention sera l'un des enjeux du second tour, et cela fait évidemment débat sur les réseaux sociaux. Un débat très vif que, parfois, les militants FN parviennent à détourner...

Tags sur des affiches d'Emmanuel Macron à Paris
Tags sur des affiches d'Emmanuel Macron à Paris © Radio France / Olivier Bénis

Rassurez-vous, il ne s'agit absolument pas ici de vous dire pour qui voter ou même s'il faut voter dans une semaine : beaucoup de gens s'en chargent déjà depuis quelques jours sur les réseaux sociaux. Vous l'avez sûrement remarqué si vous êtes sur Twitter ou Facebook, la bataille fait rage entre ceux qui appellent à voter à tout prix contre le FN et ceux qui revendiquent le droit de ne pas choisir. Les débats sont souvent vifs, parfois même assez violents des deux côtés... Chacun s'accusant régulièrement de "faire le jeu du Front national".

Or si "le jeu du Front national" était un vrai jeu de société (un peu comme le Monopoly), personne n'y jouerait mieux que les militants du FN eux-mêmes. Et c'est précisément ce qu'on a vu cette semaine, à travers deux cas bien précis de stratégie de communication sur Internet.

JamaisMacron, le hashtag masqué

Dès le soir du premier tour, on voyait fleurir sur les réseaux sociaux un hashtag #SansMoiLe7Mai, où des soutiens de Jean-Luc Mélenchon (principalement) expliquaient pourquoi ils ne feraient aucun choix pour le second tour. Mais quelques heures après, on a vu fleurir un autre mot-clé, ciblant bien plus précisément Emmanuel Macron... Un hashtag #JamaisMacron qui s'est invité jusque sur des comptes Twitter portant la lettre Phi, le symbole du mouvement "La France Insoumise"...

Sauf qu'en remontant le fil de ce hashtag, on se rend compte qu'il a été lancé par des comptes proches de l'extrême-droite, la fameuse fachosphère (ou patriosphère), qui a réussi, avec un slogan un peu passe-partout et peu connoté politiquement, à rendre virale une campagne moins "anti-Macron" que "pro-Le Pen". Y compris chez ses adversaires. Dans certains cas plus ou moins difficiles à identifier, on peut même soupçonner que certains comptes se revendiquant comme soutenant "La France Insoumise" sont en fait de faux comptes Twitter créés pour entretenir l'illusion...

Un tract du FN utilisé comme arme anti-Mélenchon

Le parti lui-même assure qu'il n'a rien à voir avec sa création, même si on y retrouve des éléments très clairs de la campagne de Marine Le Pen, et qu'il a été lancé et relayé par des comptes de militants mais aussi de représentants du parti. On y voit une liste de mesures qu'on nous dit issues des programmes de Jean-Luc Mélenchon et de Marine Le Pen, mis face à face et qui, ô miracle, semblent quasi identiques, presque mot pour mot.

Sauf que la plupart de ces mesures sont au pire inventées, au mieux n'ont rien à voir entre elles ou présente des ressemblances très exagérées... Les Décodeurs du Monde ont d'ailleurs estimé que 12 des 16 similitudes sont totalement trompeuses.

Mais l'astuce va plus loin : en diffusant massivement ce tract, les militants FN ont réussi à capitaliser sur les divisions déjà affichées sur Twitter, les fameuses batailles de tweets entre pro et anti-abstentionnistes. Et la fameuse infographie de propagande a même fini par être reprise par des comptes très sérieux, persuadés de trouver là une preuve de la connivence entre des Insoumis tentés par le vote blanc et le Front national... Évidemment, en coulisses, c'est avant tout ce dernier qui se réjouit du résultat de cette zizanie alimentée en sous-marin.

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