Ce pourrait être un simple making-of : les coulisses de tournage de "Man on the moon", dans lequel Jim Carrey était épatant, comme souvent. Mais "Jim et Andy", documentaire à voir sur Netflix, est une réflexion passionnante sur le métier d'acteur et sur le sens de la vie.

Jim and Andy
Jim and Andy © Netflix

Regarder le making-of d'un film tourné il y a vingt ans peut vous plonger dans une réflexion métaphysique : il fallait, pour aboutir à cette bizarrerie, le talent de Jim Carrey. Je m'explique. 

Au départ, « Jim et Andy »  est le making of de « Man on the moon », très beau film de Milos Forman sorti en 2000, qui retrace la vie d’Andy Kaufman, un comique américain à l’humour absurde complètement bizarre, saugrenu, poétique, un type unique en son genre, mort à 35 ans d’un cancer dans les années 80, et interprété par Jim Carrey, donc. Précisons qu’il n’est pas du tout nécessaire de connaitre cet Andy Kaufman ni d’avoir vu « Man on the moon » pour apprécier le documentaire. 

Pendant le tournage, Jim Carrey est entré dans son rôle à un point insensé. Même quand la caméra ne tourne pas, il est Andy. D’ailleurs, il ne répond pas si on l’appelle Jim. Il adopte les mimiques, l’humour, l’attitude ahurie de son personnage. Il est aussi parfois violent ou grossier. Parce qu’Andy Kauffman avait un double, un personnage qu’il jouait souvent, vulgaire, alcoolique et bagarreur que Jim Carrey endosse également. 

Ce n’est pas pour rien que ces images des coulisses du tournage n’ont pas été diffusées pendant presque 20 ans. Les studios Universal « ne voulaient pas que Jim Carrey passe pour un connard » : c'est le comédien lui-même qui l'explique sereinement. Et il est vrai que les images sont dérangeantes : même quand ça dégénère, quand la maquilleuse fond en larmes, même quand clairement il va beaucoup trop loin, jamais il ne sort de ce personnage cinglé. Il arrive le matin ivre mort (ou en tout cas il fait très bien semblant), il est odieux, il crache au visage d’un catcheur avec lequel il est censé se battre dans une scène du film, afin que ce dernier soit vraiment furieux et lui colle une vraie torgnole. D’ailleurs ça ne loupe pas et Jim Carrey finit aux urgences, très content de son coup. 

Politesse du désespoir

Cette histoire est le point de départ d’une réflexion plus large sur le sens de son métier d’acteur et sur son identité. Jim Carrey, qui aujourd’hui a 55 ans et une spectaculaire barbe blanche, se confie. On découvre à quel point il va mal, à quel point il est caché derrière son masque de clown. Son objectif, quand il était jeune, c’était de devenir célèbre. Alors il a inventé un avatar : le personnage de Jim Carrey, un comédien sympa qui fait marrer tout le monde. Au point de ne plus savoir qui il était vraiment. Voilà qui résonne avec d’autres films dans lesquels il a joué : The Mask, bien sûr, mais aussi le Truman Show. Où s’arrête le spectacle et où commence la vraie vie ? Quelle est la frontière entre le jeu et la folie, entre le vrai et le faux ? Quelle est la part d’illusion et de représentation dans notre identité à tous ?

Jim Carrey raconte que l’après « Man on the moon » a été très compliqué. Parce que pendant ce tournage, il était « en vacances de lui-même » et s’était senti soulagé. Nouvelle preuve, s’il en fallait une, que l’humour est la politesse du désespoir.

« Jim et Andy », film de Chris Smith disponible sur Netflix.

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