Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, l'Océan Arctique est devenu l'enjeu du siècle pour les grandes puissances. Se dessinent des nouvelles voies de navigation et des trésors en sous-sol : pétrole, gaz, terres rares. Quand un désastre écologique est vu avant tout comme une aubaine économique.

La glace qui fond, ce sont des nouvelles voies maritimes qui se dessinent... et avec elles, des enjeux économiques colossaux.
La glace qui fond, ce sont des nouvelles voies maritimes qui se dessinent... et avec elles, des enjeux économiques colossaux. © Magneto Presse / France TV

France 5 diffuse le mardi 1er décembre un excellent documentaire d’Agnès Hubschman, sur un sujet capital dont on parle trop peu : « Arctique, la guerre du pôle. » Il s’agit de montrer pourquoi et comment un désastre écologique est devenu un enjeu géopolitique de premier plan. Ce désastre, c’est la fonte de la banquise. Le réchauffement climatique bouleverse irrémédiablement les écosystèmes. Mais c’est aussi une aubaine pour les grandes puissances. L’Arctique pourrait en effet être libre de glace d’ici deux ou trois décennies. Cet océan deviendra alors accessible au transport de marchandises, et avec lui les trésors contenus dans son sous-sol : du pétrole, du gaz et des terres rares. 

Ce documentaire d’une heure et demie est à la fois très fouillé, précis, rythmé et pédagogique. Il donne la parole à des experts et expertes, mais aussi à ceux et celles qui ont activement participé aux différents événements relatés : d’anciens ministres des affaires étrangères, des ambassadeurs, etc. 

Un golf en Islande

Rappelons que le Pôle Nord n’appartient à personne. Oui, car il est situé dans les eaux internationales. Huit pays sont considérés comme pouvant revendiquer la zone : la Norvège, la Suède, la Finlande, l’Islande, le Danemark, le Canada, les Etats-Unis et la Russie. Mais ce sont loin d’être les seuls intéressés. La Chine, notamment, a vite compris que le raccourci par la nouvelle route maritime du Nord pourrait lui faire gagner un temps considérable dans le transport de marchandises entre Shanghai et Rotterdam

Mais tout cela, ce couple d’Islandais, des éleveurs de moutons, ne le savait pas. Nous sommes à Grimsstadir, dans l’une des régions les plus sauvages et arides d’Islande. Une étendue de terre glacée. Aussi ont-ils été franchement surpris quand un investisseur chinois a voulu acheter leur terrain : 300 kilomètres carrés, c’est beaucoup pour construire un hôtel et un terrain de golf, comme le prétendait ce promoteur. Sa proposition d’achat avait sans nul doute un lien avec la position stratégique de ce terrain au regard des nouvelles voies maritimes ouvertes par la fonte des glaces. La vente du terrain a finalement été interdite par l’Islande. 

Guerre froide

Si l’on peut parler de guerre froide, autour de l’Arctique, ce n’est pas uniquement un mauvais jeu de mot. Un cap important a été franchi l’année dernière, lors d’un conseil de l’Arctique en Laponie. Mike Pompeo, secrétaire d’état Américain, a accusé la Russie et la Chine de vouloir privatiser l’accès à la région : 

La Russie laisse déjà des empreintes de botte dans la neige.

Jusqu’où les grandes puissances iront-elles pour imposer leur suprématie au Pôle Nord ? Les conséquences de cet affrontement économique et militaire au sommet du monde se font déjà sentir, avec un trafic maritime croissant, des exploitations gazières et pétrolières démesurées, l’amoncellement de nouveaux déchets. Le Pôle Nord est en train de changer de visage. 

« Arctique, la guerre du pôle » : mardi 01/12 à 20h50 sur France 5. 

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