Les films de Chantal Akerman étaient introuvables ou presque, voilà qui est réparé ! La Cinétek consacre une rétrospective à cette grande cinéaste belge, en proposant dix de ses films à la location. Et notamment une comédie musicale réjouissante, "Golden Eighties".

Le choeur des shampouineuses dans "Golden Eighties" (1986).
Le choeur des shampouineuses dans "Golden Eighties" (1986). © COLLECTIONS CINEMATEK/CHANTAL AKERMAN FOUNDATION

Venez, on s’échappe de 2021. Direction 1986, grâce à une comédie musicale. « Golden Eighties » est signé Chantal Akerman, cinéaste belge disparue en 2015. Une très grande artiste, pionnière à bien des égards et trop peu célébrée. La Cinétek a la bonne idée de mettre en lumière Chantal Akerman, jusqu’au 15 mars, avec une rétrospective : ce site de VOD propose dix de ses films à la location.

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« Golden Eighties » est un chassé-croisé amoureux dans une galerie marchande. Un salon de coiffure fait face à un magasin de prêt-à-porter. Robert, le vendeur de robes, doit se marier avec Mado, la coiffeuse. Mais il aime Lili, une autre coiffeuse. Lili est en couple avec Monsieur Jean, le propriétaire de son salon. 

Le chœur des shampouineuses

Et voilà qu’un potin galope autour du bac à shampoing. Alors s'élève le chœur des shampouineuses. Quelle scène, mais quelle scène ! Les shampouineuses sont habillées de toutes les couleurs : elles sont éblouissantes, acidulées, drôles, irrésistibles. Il faut les voir chanter et danser, avec de la mousse partout, un spray de laque dans une main, une brosse dans l’autre. Il y a, chez ces femmes, une énergie frondeuse et effrontée. Quelque chose surgit de cette scène qui fait un bien fou. Le casting est magnifique. Delphine Seyrig incarne la patronne du magasin de vêtement. Fanny Cottençon joue la fameuse Lili. Lio dans le rôle de Mado, la coiffeuse éconduite (d’ailleurs Lio est la seule qui ne chante pas, c’est dommage). Et Myriam Boyer dans celui de la serveuse du bar de la galerie commerciale. Cette serveuse qui reçoit chaque jour des lettres de son amoureux parti faire fortune au Canada et les lit à voix haute à ses clients. Elles sont récurrentes, dans les films de Chantal Akerman, les lettres que l’on lit à haute voix, et je trouve ça d’une beauté folle.  

Un élan de vie

Cette comédie musicale légère a une façon savoureuse de raconter l’amour : c’est un film presque anti-romantique, qui met l’amour sur le même plan que tout le reste. Je voulais insister sur ce film, parce que c’est loin d’être le plus célèbre de Chantal Akerman. Il tranche avec le reste de son œuvre. A chaque film, elle inventait quelque chose de nouveau. Son chef d’œuvre, « Jeanne Dielman », avec Delphine Seyrig aussi, est une immersion dans la vie d’une mère au foyer, qui se prostitue chez elle. Un film hypnotique, dans lequel on assiste au dérèglement d’une mécanique domestique. Il se dégage, souvent, des films de Chantal Akerman une énergie du désespoir. Là, c'est la joie qui l'emporte. Mais même dans « Golden Eighties », on trouve un zeste de mélancolie, avec le personnage de Jeanne, joué par Delphine Seyrig. Cette femme a choisi un mariage raisonnable et se retrouve hantée par les regrets quand réapparait son amour de jeunesse. Il y a de quoi être époustouflé.e par l’élan de vie qui se dégage de cette comédie musicale.

Rétrospective Chantal Akerman : à voir sur la Cinetek jusqu'au 15 mars 2021. La location coûte 2,99 euros par film.

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