Un conseil aux auditeurs aujourd'hui : regarder la télévision sans le son. Pour se souvenir que la télévision est avant tout un média d'image et qu'à la télé, l'image en dit souvent beaucoup plus que le son.

Et ce même dans les émissions de talk-show (traduction littérale : "spectacle de la parole") où il vaut mieux appuyer sur "mute" car l'essentiel n'est pas dans ce que les participants de ces dits talk-show disent mais dans ce qu'ils montrent à l'écran. 

Démonstration avec une émission dont on a beaucoup parlé cette année : "L'heure des pros" sur CNews, le rendez-vous de Pascal Praud. 

Souvenez-vous, il y a quelques semaines, énorme polémique : on lui avait reproché d'être climato-sceptique après un énième clash face à l'écolo Claire Nouvian. 

Et bien, dites-vous que j'ai regardé l'émission de Pascal Praud mais sans le son. Et vous savez quoi ? Je crois en avoir tiré quelque chose.

Je vous raconte : c'est un plateau de chaîne info typique, avec tout un tas d'écrans derrière qui rend le tout très sérieux. Pascal Praud se tient au centre de ce dispositif, c'est lui le chef.  Ses cheveux sont gris, sa barbe aussi, il porte des lunettes rouges qu'il retirera, pensif, plusieurs fois dans l'émission ainsi qu'un veston tout en couleur avec de jolis carreaux qui sont accordés à ses lunettes.

C'est un homme distingué, presque délicat. S'il avait eu le regard triste, on aurait pu le comparer à Gatsby car il invite sur son plateau le tout-venant médiatique. Mais il a l'œil qui pétille de celui qui maîtrise tout. En cela il n'est pas Gatsby. À peine l'émission a commencé qu'il semble déjà amusé.

Dans le numéro que j'ai choisi de regarder, Pascal Praud est entouré de cinq personnes. Quatre hommes, une femme. Je ne sais pas qui ils sont, à part Georges Fenech qu'on a connu député UMP... Un bandeau en bas de l'écran précise qu'il est ancien magistrat et qu'il est aussi "consultant CNews". Pour les non-initiés, ça sous-entend qu'il est payé par la chaîne. On ne sait pas pourquoi on ne rappelle pas son passé de politique dans ce bandeau. Ça aurait permis d'avoir une grille de lecture supplémentaire. Tant pis. 

Les débats s'enchaînent tout au long de l'heure que dure cette émission. Premier sujet : "Jean-Claude Romand va sortir de prison". Dernier sujet : "Canicule, la "clim", une fausse bonne idée ?" On le sait parce qu'à chaque nouvelle discussion, une bande de texte vient envahir l'écran pour annoncer le sujet.

La parole circule assez vite, chaque fois qu'un intervenant la saisit, il n'a que quelques secondes avant qu'elle ne lui échappe.  

On sent que tous les gens autour de cette table n'ont qu'une envie : parler. Parler peu importe le sujet. Parler car c'est une nécessité. Alors ils coupent la parole du voisin en faisant pression sur son bras pour l'enjoindre de s'arrêter.

Ici, la parole est une compétition. On ne voit pas les idées. On ne voit que des bouches et des mains qui s'agitent. Qui tentent de prendre le dessus sur les autres. Qui, frustrés parfois, étouffent quelques mots.

Et au milieu de ce ballet il y a Pascal Praud, tout sourire, appréciant visiblement son show. Et au fond nous aussi, on l'apprécie. Au diable les mots qui fusent sur ce plateau et rions plutôt de ces corps qui s'écharpent. C'est drôle comme sans le son, j'entends tout du discours de Pascal Praud...

  • Légende du visuel principal: Pascal Praud © AFP / Loïc Venance
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