Lors du mondial 2006, Vikash Dhorasoo a passé seize minutes sur le terrain au total. Le reste du temps, le numéro 8 de l'équipe de France filmait en Super 8. Son documentaire est à voir gratuitement sur Tënk.

A l'approche de la coupe du monde de football 2018, replongeons-nous dans celle de 2006 grâce à un très beau film. Souvenez-vous : coupe du monde en Allemagne, le fameux coup de boule de Zidane à Materazzi, la défaite en finale face à l’Italie. Tout cela n’est pas, ou presque pas, dans ce documentaire. On voit surtout des chambres d’hôtels et des trajets en bus ou en avion. Et pourtant, c’est fascinant. Parce que c’est la coupe du monde vue par un remplaçant, Vikash Dhorasoo. En partenariat avec Tënk, plateforme de documentaire sur Internet, ce film est disponible gratuitement pendant une semaine pour les auditeurs de France Inter.

Cliquez ici pour voir le film Substitute gratuitement, jusqu'au 8 juin 2018 (le lien fonctionne en France, en Belgique, en Suisse et au Luxembourg).

Une Super 8 pour le numéro 8

Son ami Fred Poulet, musicien et cinéaste, a confié à Vikash Dhorasoo une caméra Super 8 (et un enregistreur audio, parce qu’il n’y a pas de son en Super 8). L’idée est de filmer la coupe du monde de l’intérieur. Dès le début du film, Dhorasoo évoque sa relation avec le sélectionneur de l’équipe de France, Raymond Domenech :

J’ai l’impression de jouer pour lui, explique le numéro 8. L’impression qu’il m’envoie en mission. 

C’est bien cette relation entre le joueur et l’entraineur qui est passionnante. Car Dhorasoo, pendant ce mondial, va jouer seize minutes en tout et pour tout. Peu à peu, au fil des matchs, on voit sa déception grandir. Et naître le sentiment d'avoir été trahi par celui qui est comme son père. Dans la solitude de sa chambre d’hôtel, entre deux matchs passés à essuyer le banc des remplaçants, il confie son amertume :

J’arrive à relativiser, à me dire qu’en même temps, je suis dans les 23. Que je vis cette aventure-là. Mais moi je ne suis pas supporter, je ne suis pas spectateur, je suis joueur de foot ! Et je ne joue pas au foot. Et en plus il faut faire illusion, il faut sourire, montrer qu’on est content, qu’on est de bonne humeur... 

Voilà qui fait écho à « l’affaire Rabiot », dont on parlait la semaine dernière. Adrien Rabiot a refusé d’être réserviste en équipe de France.

Ne pas perdre la face

Si ce film est aussi touchant, c’est sans doute parce que le format Super 8, ce grain particulier, évoque les films de famille. Des images de vacances forcément souriantes. Tout va toujours très bien, en Super 8 ! On ne perd pas la face. 

Les images de ce documentaire sont souvent trop sombres, parfois floues ou mal cadrées… et pourtant elles sont d’une beauté indéniable. Allez savoir à quoi ça tient. Peut-être au sujet : c’est un film sur la solitude. Sur le sens du collectif. Sur l’aveuglement d’un joueur incapable de se réjouir quand ses coéquipiers gagnent sans lui. Sur le trop plein d’amertume, qui parfois déborde. Et sur la façon dont on peut construire soi-même les façons de lutter contre elle : car Dhorasoo se dit que de cette coupe du monde « ratée », il a fait un film. On le voit s’accrocher à ces images qu’il est en train de tourner. Et il affirme : « Ça au moins, j’y crois ».

Substitute, de Fred Poulet et Vikash Dhorasoo (durée 1h10). Disponible gratuitement jusqu'au 8 juin 2018 en cliquant ici !

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