Le groupe mené par Blandine Rikel a enregistré une "release party" disponible gratuitement sur Arte Concert. Dans un décor de béton et de néons, ces chansons et ces danses font un bien fou et portent une réflexion qui résonne plus que jamais, en cette étrange période.

Catastrophe, comme leur nom ne l'indique pas.
Catastrophe, comme leur nom ne l'indique pas. © Radio France / Antoine Hénault

Leur nom est absurde, c’est sans doute fait exprès. Catastrophe n’a rien de tragique, bien au contraire. Ce groupe français joyeux et inclassable se donne en spectacle sur le site d'Arte. La chanteuse, Blandine Rinkel, est aussi romancière. Leur dernier album, "Gong !", a été imaginé comme une comédie musicale. Ils affirment être à mi-chemin entre Jacques Demy et le rappeur américain Kendrick Lamar : voilà qui donne une idée de leur palette musicale ! 

Le jeu du souvenir

La vidéo que je vous conseille n’est pas exactement une captation de concert, d’abord parce qu’il n’y a pas de public (vous me direz, en ce moment, ce n’est pas très original). Il s’agit d’une « release party ». Le principe de ce programme d’Arte, c’est que des artistes interprètent leur album dans un endroit atypique. Il s’agit donc d’un film musical, plus qu’un concert. Tout commence par une anecdote d’enfance : Blandine Rinkel raconte le jour où elle a inventé le jeu du souvenir. Voilà qui m’a touchée, car je pratique aussi ce jeu. Moi, j’appelle ça des capsules temporelles. 

J'y ai joué une fois sur la plage. Je me souviens de hautes vagues. Je me sentais bien, alors j'ai voulu retenir le moment. Je me suis concentrée, j'ai fermé mes yeux et serré mes poings, et je me suis dit : ce moment-là, si tu le veux vraiment, tu le retiens. Et ça a marché. Alors ce soir, dans ce moment étrange qu'on traverse, entourés de béton, essayons de jouer à ça, essayons de se créer un souvenir. 

Pourquoi un décor de béton ? La vidéo a été tournée au siège du parti communiste français. Plus précisément dans les sous-sols de ce bâtiment parisien dessiné par Oscar Niemeyer et célèbre pour sa grande coupole. En sous sol, donc, pendant presque une heure, on assiste à un spectacle finement chorégraphié. Une énergie folle se dégage. La caméra virevolte autour des instruments et des musiciens qui dansent. Il y a des néons colorés et des étincelles. 

Une bouffée d'air

Au fil des chansons, c’est une histoire de confinement qui nous est racontée : nous sommes dans un monde où l’humanité vit recluse dans des refuges de béton et limite au maximum tout contact avec l’extérieur. Le vivant et l’imprévu sont perçus comme des menaces. Catastrophe tente de recréer, en musique, un semblant d’humanité dans une société sous vide. Tout cela avec un joli sens de l’autodérision. Et des moments de transe joyeuse. 

Leur musique et leurs danses sont fantasques et réjouissantes. Résultat : même enfermés dans du béton, les musiciens de Catastrophe parviennent à nous offrir une grande bouffée d’air pur. Assurément, tout cela mérite de jouer au jeu du souvenir, afin de ne pas oublier ce vrai-faux concert. 

« Catastrophe » en release party : à voir gratuitement sur le site d’Arte.

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