Muriel Robin impressionne dans le rôle de cette femme battue pendant 47 ans, condamnée pour le meurtre de son mari puis graciée par François Hollande. Tout le mérite de ce téléfilm est de montrer les mécanismes de l'emprise qu'un homme violent exerçait sur sa famille.

C’est un téléfilm événement, dont on entend parler depuis un moment. Ce soir sur TF1, Muriel Robin incarne Jacqueline Sauvage, cette femme condamnée pour le meurtre de son mari et finalement graciée par François Hollande. La comédienne est impressionnante dans le rôle de cette femme battue, humiliée, maltraitée par son mari pendant 47 ans, qui un jour prend un fusil et lui tire trois balles dans le dos alors qu’il buvait du whisky sur la terrasse de leur maison. Le film démarre par cet homicide. On assiste ensuite au premier procès, la condamnation de Jacqueline Sauvage à dix ans de prison. 

Au terme du procès en appel, Jacqueline Sauvage est à nouveau condamnée à dix ans de prison puis libérée en 2016 après la grâce présidentielle. Mais le film ne se concentre pas sur les débats qui ont entouré cette affaire très médiatique. Il montre, grâce à des allers-retours entre la salle d’audience et des scènes de flash-back, comment fonctionnait cette famille. Les accès de colère de ce mari tyrannique, ses délires de domination, sa consommation excessive d’alcool. Et les coups de poing, les coups de pieds, les gifles. Des scènes insupportables, mais nécessaires. 

Des réserves bien dérisoires

Le téléfilm est réalisé par Yves Rénier, célèbre pour son rôle de commissaire Moulin. Si je voulais être dans mon rôle de chroniqueuse télé, je vous dirais que j’ai quelques réserves sur la forme. Que certains seconds rôles sonnent faux, que parfois les dialogues manquent cruellement de naturel. Je vous dirais que la complexité de ce dossier judiciaire a été gommée. Mais franchement, tout cela est bien dérisoire au regard de la cause. Car ce téléfilm est un tract. C’est un plaidoyer, basé sur le livre écrit par Jacqueline Sauvage. 

L'emprise, un mécanisme complexe

Tout le mérite de ce téléfilm, c’est de montrer pourquoi cette femme est restée, pendant 47 ans. Pourquoi elle n’a pas quitté son mari, pourquoi elle n’a pas porté plainte. L’emprise qu’il exerçait sur elle est un mécanisme complexe dont on perçoit ici la réalité concrète. Elle encaissait les coups pour ne pas qu’il s’en prenne aux enfants. Elle restait pour ne pas briser la famille. Parce qu’elle avait cet homme dans la peau, aussi. Norbert avait eu une enfance malheureuse. Elle voulait le sauver, elle voulait qu’il soit heureux. Et puis elle venait d’une famille où on ne dit rien, quand ça ne va pas. Elle avait vu son père taper sur sa mère : les hommes sont comme ça, pensait-elle.

Raconter cette histoire à la télévision est sans doute bien plus fort que de rappeler ce chiffre qui pourtant est insoutenable : en France, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou de son ancien conjoint.

"Même si on perd, on aura gagné"

Dans l’une des scènes de ce téléfilm, les deux avocates s’interrogent sur la stratégie à adopter. Elles veulent plaider la légitime défense. Elles savent que cette stratégie est dangereuse, puisqu’il ne la menaçait pas au moment où elle a tiré. Mais elles décident de le faire quand même et l’une des avocates dit : « Même si on perd, on aura gagné ». Eh bien que cette histoire soit racontée à une heure de grande écoute, sur TF1, c’est en effet une victoire. 

« Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi. » Ce soir sur TF1 à 21h. Le téléfilm est suivi d’un documentaire consacré lui aussi à cette affaire, à 23h : « Jacqueline sauvage, victime ou coupable? »

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Muriel Robin, méconnaissable, dans un téléfilm tiré du livre de Jacqueline Sauvage ("Je voulais juste que ça s'arrête"). © Philippe Warrin / UGC / TF1
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