Colorado, Canada, Uruguay... Une enquête très fouillée diffusée ce mardi sur Arte offre un panorama passionnant de la situation là où la marijuana a été légalisée ou dépénalisée. Si vous aviez des certitudes, elles risquent d'être chamboulées.

C'est une enquête mondiale et très fouillée, à voir sur Arte : "Cannabis, quand le deal devient  légal". Xavier Deleu et Stéphanie  Loridon dressent un état des lieux de la situation là où la marijuana a été légalisée ou dépénalisée. Et je suis prête à parier que, quelle que soit votre opinion sur ce sujet, vous serez ébranlés par ce documentaire. Parce que, comme souvent en matière de politique publique, le débat n'est pas binaire : il est plein de nuances et de complexité. 

La légalisation rapporte gros aux finances publiques

Premier exemple concret : le Colorado. Depuis que cet état américain, en 2014, a légalisé la consommation de cannabis à usage récréatif, il s'en est vendu pour 6 milliards de dollars. Autant d'argent qui n'est pas tombé dans les poches des mafias et des trafiquants. Cela a rapporté gros en taxes et cet argent a été investi dans l'éducation. Mais surtout, la consommation de cannabis n'a pas augmenté. C'est souvent la crainte de ceux qui s'opposent à la légalisation : une banalisation de la drogue. 

Mais de là à dire que la légalisation est la solution miracle, il y a un bout de chemin. Parce que les cartels ne sont pas anéantis. Le documentaire le montre clairement, avec des séquences tournées au Mexique, notamment : les trafiquants se rabattent sur d'autres drogues (héroïne, cocaïne)

Par ailleurs, si vous pensez que légaliser consiste à rendre légale l'activité de chaque petit dealer ou de chaque consommateur qui fait pousser sa marijuana chez lui, vous serez  très surpris. Au Canada, le marché est accaparé par quelque grands groupes et tout laisse penser que la loi a été taillée sur mesure pour eux. 

La loi néerlandaise marche sur la tête

Les caméras d'Arte font aussi un détour par les Pays Bas. On croit souvent que ce pays a légalisé le cannabis. C’est faux, la vente est encadrée. Et surtout, la loi protège les consommateurs, mais pas les patrons de coffee-shop : ces dernier n’ont pas le droit de se procurer un  produit qu’ils vendent !! A partir de 2020, une légalisation à échelle réduite est prévue dans quelques grandes villes, à titre expérimental. 

En Uruguay, la vente en pharmacies

Cette enquête passe aussi par l'Uruguay, qui a légalisé le cannabis en 2013. Pour les consommateurs uruguayens, il y a trois manières différentes de se procurer de la marijuana. Soit en faire pousser chez soi (le nombre de plants est réglementé, mais c'est légal). Soit adhérer à un "cannabis club", une sorte de jardin partagé où l'on cultive et récolte en groupe (là encore la quantité par  personne est limitée). Soit aller faire ses emplettes en pharmacie. Modèle intéressant que celui mis en place en Uruguay. Mais attention : le marché noir n'a pas disparu dans ce pays d'Amérique Latine. Tout simplement parce que l'offre légale n'est pas suffisante. Les clients s'approvisionnent sur les deux marchés en parallèle, légal et illégal. Le plus frappant, en Uruguay, c'est que la production de cannabis est maîtrisée par deux entreprises privées, sous le contrôle de l’État. Pourquoi ont-elles fait ce pari ? Sans doute pour se positionner sur le marché mondial du cannabis thérapeutique, qui est l'enjeu colossal de demain. 

Bref, ne jamais oublier de se poser la question : à qui profite la  légalisation ? Si un jour, la France légalise le cannabis récréatif (comme le souhaitent plus de la moitié des Français, selon un récent sondage), il faudra décider où placer le  curseur entre un modèle étatique et un modèle commercial, à l'anglo-saxonne. Le débat le plus intéressant, finalement, n'est pas : "faut-il légaliser ou pas" mais plutôt "si on légalise, on fait comment, précisément?" Et l'ambition est-elle de mettre à mal le marché noir ou de stimuler une industrie lucrative? 

« Cannabis : quand le deal devient légal ». Mardi 2 avril sur Arte à 20h50 (et en replay). 

  • Légende du visuel principal: Arte offre un panorama passionnant de la situation là où la marijuana a été légalisée ou dépénalisée © Getty
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