Le documentaire que Netflix consacre au plus grand footballeur de l'histoire jette un regard tendre sur son parcours hors norme et son immense popularité. Mais cela n'empêche pas de parler du silence de Pelé pendant la dictature militaire au Brésil. Sa neutralité était-elle une forme de complaisance ?

"Le roi Pelé" en 1960.
"Le roi Pelé" en 1960. © AFP / Pressens Bild / TT News Agency

Il s’appelle Edson Arantes do Nascimento. Mais le monde entier le connait sous le nom de Pelé. D’ailleurs, ce film est intitulé « Pelé », simplement, sobrement, et il vient raviver la légende. C’est un documentaire Netflix réalisé par deux Britanniques, un portrait de celui que beaucoup voient comme le dieu du foot, près de cinquante ans après la fin de sa carrière. Que vous aimiez ou pas le foot, je vous mets au défi de ne pas avoir la chair de poule devant les images de ses buts, de ses passements de jambe, de ses coups de têtes, tous plus sensationnels les uns que les autres. Le film est construit autour de très belles archives et de plusieurs entretiens inédits avec Pelé lui-même.  

Cireur de chaussures

Plus qu'un documentaire sur sa carrière sportive, c'est le récit d’un parcours hors-norme. Car Pelé, enfant, travaillait comme cireur de chaussures dans la rue, pour subvenir aux besoins de sa famille. Il est devenu, à 17 ans, une immense vedette mondiale, puis le plus grand footballeur du monde. Le seul (encore aujourd’hui) à avoir remporté trois coupes du monde. Il faut le voir, ce vieux monsieur de 80 ans, écraser une larme en évoquant son premier mondial, celui de 1958. Il faut le voir aussi se faire chambrer par ses vieux potes, les anciens joueurs du FC Santos. Il leur montre comme il est doué pour manœuvrer son fauteuil roulant et ses copains le félicitent, hilares. Ah, l’agilité légendaire du numéro 10 ! 

Neutralité et complaisance

Vous l’aurez compris, une grande tendresse se dégage de ce film. Y compris quand il est question de son rapport à la notoriété : Pelé, c’est flagrant, chérissait la célébrité, il adorait être une idole. Mais cette tendresse n’empêche pas d’aborder le sujet qui fâche : la politique. Car Pelé n’a jamais émis la moindre critique sur la dictature militaire, très dure, qui s’est installée au Brésil alors qu’il était en pleine gloire, en 1964. Sa neutralité lui a été beaucoup reprochée. Son silence ressemblait à de la complaisance. 

Pelé est interrogé là-dessus, dans le film. Il répond qu’il n’a jamais voulu s’impliquer en politique, qu’il était très souvent en déplacement à l’étranger, que tout cela était loin de lui. Il dit qu’il a fait plus pour le Brésil en jouant au foot que s’il avait pris parti d’une façon ou d’une autre. Ses arguments semblent bien faibles. Mais il faut aussi mesurer les pressions qu’il a sans doute subies de la part de ce régime très dur. Lui n’en parle pas, d’autres le font. « On ne sait pas ce qu’est une dictature quand on ne l’a pas vécue », résume un historien. Je retiens aussi cette phrase du musicien Gilberto Gil

Pelé était notre étoile brillante, il illuminait la noirceur du ciel brésilien.

Et puis il ne faut pas oublier, aussi, une chose : à la fin des années 1950, c’est lui qui a appris aux Brésiliens à être fiers, à se débarrasser d’un vieux complexe d’infériorité sur la scène internationale, et ce n’est pas rien. Bref, le roi Pelé et la politique, c’est un sujet complexe : cet autre match est ici commenté de façon équilibrée et avec toutes les nuances qu’il mérite. Sans erreur d’arbitrage.  

« Pelé ». Un documentaire d’1h50, à voir sur Netflix pour les abonnés. 

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