A grands renforts de caméras cachées et de candidats virtuels, cette enquête diffusée sur France 3 met des images sur un fléau insidieux : les discriminations liées au sexe, à la couleur de la peau, à l'âge, etc. A voir dans l'émission "Pièces à conviction".

En France, en 2019, à poste équivalent, les femmes sont moins bien payées que les hommes. C’est un fait documenté, on le sait. Et pourtant, cela fait un sacré effet de voir deux salariés d’une même entreprise dévoiler leur fiche de paie pour constater les dégâts. Les journalistes de "Pièces à conviction", sur France 3, l'ont fait. Leur reportage est diffusé mercredi 2 octobre à 22h45. On mesure le poids de l’exemple face à des statistiques qui peuvent sembler abstraites. Il est toujours précieux de mettre des visages sur un fléau insidieux. 

Test dans des bars et restaurants de Rennes

Cette enquête de Delphine Lopez et Xavier Deleu ne se penche pas seulement sur les discriminations au travail entre les hommes et les femmes. D’autres critères sont passés à la loupe, notamment la couleur de la peau. Tout un dispositif est déployé. Des comédiens ont été embauchés. On leur a créé de fausses identités et ils ont postulé aux mêmes offres d’emploi. Le résultat est accablant. Le candidat noir n’est jamais rappelé par les employeurs (en l’occurrence des bars et restaurants à Rennes) alors qu’il avait les mêmes qualifications que les autres et une expérience équivalente. Et qu’il s’est montré, ça va sans dire, tout aussi courtois au moment d’apporter son CV en mains propres. 

"Pas de femme ni de candidats atypiques, svp"

Les cabinets de recrutements sont aussi pointés du doigt. Avec l’aide d’un ancien DRH, les journalistes de « Pièces à conviction » ont créé de toutes pièces une fausse entreprise chinoise qui cherche à s’implanter en France. Ils ont convoqué des cabinets de recrutement, des chasseurs de tête, pour trouver des collaborateurs en France. Le tout est filmé en caméra cachée. Au cours de l’entretien, on précise qu’on ne veut pas de femme ni de personne de couleurs. Les femmes parce que ça tombe enceinte, et les gens de couleurs parce que, "pour les Chinois, un Européen, c'est blanc". Résultat : aucun des cabinets de recrutement ne tique. Ils n’ont pas l’air surpris du tout, comme si c’était la routine. Ce qui leur est demandé est pourtant parfaitement illégal. 

Index d'égalité, la panacée ?

On pourra toujours contester les méthodes de ce type de test, estimer que ces employeurs et ces consultants ne sont pas un panel représentatif, mais c’est tout de même très spectaculaire. Et cette enquête va plus loin en se penchant sur l’index d’égalité. Depuis 2018, les entreprises doivent publier tous les ans des indicateurs relatifs aux écarts de rémunération entre hommes et femmes. 

Cet index revient peu ou prou à se donner une note sur 100. Comment peut-on demander aux entreprises de se noter elles-mêmes ? C’est l’une des questions que soulève ce reportage. Par ailleurs, certains indicateurs de l’index posent problème. Par exemple, on demande aux entreprises de compter le nombre de salariés qui ont bénéficié d’une augmentation au cours de l’année : s’il y a autant de femmes que d’hommes, c’est tout bon, 20/20 ! Mais si les hommes ont été augmentés de 300 euros et les femmes de 50, cela ne pénalise pas l’entreprise sur cet indicateur en particulier : le montant n’est pas pris en compte. Tout le mérite de cette enquête, finalement, c’est de proposer aussi bien des mises en scène avec caméra cachée et faux candidats... qu’une analyse précise des dispositifs de lutte contre les discriminations. Du télégénique et du travail de fond. 

« Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? » : Mercredi 2 octobre, 22h45 sur France 3 dans "Pièces à conviction", émission présentée par Virna Sacchi.
 

  • Légende du visuel principal: Trois comédiens choisis pour incarner des profils de candidats aux compétences et expérience similaires. © Cat et Cie / France 3
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