Dans un documentaire diffusé sur France 2, "le courage de grandir", Marie Drucker rencontre des enfants à haut potentiel, qui "n'entrent pas dans le moule" de l'éducation nationale. Loin de tout sensationnalisme, la journaliste s'interroge plus largement sur ce que grandir veut dire.

C’est le deuxième documentaire de Marie Drucker comme réalisatrice : le premier concernait la vie carcérale. Cette fois, la journaliste a passé un an dans une école spécialisée pour enfants à haut potentiel. Appelez-les des surdoués si vous préférez, ou  des enfants précoces. L’école Georges Gusdorf, à Paris, accueille ces élèves du CP à la Terminale. Tout le mérite du documentaire, c’est de se placer à hauteur d’enfant. Ce n’est pas une plongée dans "le monde exotique des surdoués" mais bien un rencontre avec ces gamins, leurs profs et leurs parents. Tous se confient de façon très émouvante. 

Conflits intérieurs

Il y a cette petite fille qui semble en permanence au  bord des larmes et qui se pose des questions tout le temps, à tel point que ça la paralyse. Dans l’école où elle était avant, explique-t-elle très sérieusement, on ne répondait qu’à 8% de ses questions. Le témoignage de Joséphine, 15 ans, est aussi très émouvant :

Ma vie scolaire était une catastrophe, parce que je ne comprenais pas. Je voyais que tout le monde comprenait donc je comprenais encore moins pourquoi je ne comprenais pas. Je ne comprenais pas pourquoi j'étais tout le temps punie et pourquoi ça semblait normal. Si j'étais restée là, je serait devenue un robot cassé. Un robot qui ne peut pas marcher selon leurs critères. 

Tous  ces gamins sont des petits génies, mais on est très loin d’un film sensationnaliste qui en ferait des bêtes de foires. Même si on les voit  débattre avec animation, en classe de sixième, sur la place du mensonge chez Kant avec leur prof de philo ! Tous n’ont pas des résultats scolaires exceptionnels, loin de là. Ils sont travaillés  par des conflits intérieurs inimaginables. Beaucoup de ces élèves passent leur temps à se dévaloriser, comme l’explique la directrice de cette école spécialisée :

C'est un peu le moteur de Formule 1 dans la carcasse d'une deux chevaux. Ces enfants ont quelque chose de fantastique dans la tête (des idées, des questions, une envie de perfection) et quand ils produisent, ils ont l'impression que le résultat est lamentable. C'est très frustrant pour eux, très difficile à vivre. Ce qu'ils produisent est pourtant mieux que ce qu'on attend, mais ce n'est certainement pas à la hauteur de leurs espérances et de ce qu'ils ont dans la tête.

C’est un documentaire sans voix off, sans commentaire. Cela permet de brosser des portraits subtils et sensibles de ces gamins en quête d'absolu, qui sont bigrement attachants.

Rigidités du système scolaire

Mais cela peut aussi être un peu déroutant, car on aimerait prendre un peu de recul. Ces enfants semblent  être issus de milieux plutôt favorisés. Quand on se renseigne sur cette école parisienne, on découvre que les frais de scolarité sont de 8.000 euros par an. Y a-t-il, comme on l'entend parfois, un phénomène de mode dans  certains milieux aisés où on a vite fait de dire d’un enfant qu’il est précoce? Ce n'était pas le propos du film, mais on reste sur sa faim sur ces questions-là : sans doute seront-elles abordées dans le débat qui suit le documentaire. Quoi qu'il en soit, Marie Drucker offre là une réflexion passionnante sur les rigidités du système scolaire traditionnel. C'est aussi un film sur l’enfance, tout simplement, et sur ce que grandir veut dire.

Mardi 3 avril sur France 2 à 22h40, dans la case Infrarouge : « le courage de grandir ». A voir ensuite en replay.

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