Arte diffuse, au cours d'une soirée Claude Sautet, l'un des plus beaux films de ce réalisateur. Un triangle amoureux sur un air de Ravel. Emmanuelle Béart est désarmante de sensualité et d'incompréhension face à Daniel Auteuil, qui semble ne pas ressentir d'émotions.

Emmanuelle Béart, sur un air de Ravel, tombe amoureuse d'un homme au coeur froid.
Emmanuelle Béart, sur un air de Ravel, tombe amoureuse d'un homme au coeur froid. © StudioCanal

Toute une soirée avec Claude Sautet. Arte propose, ce mercredi 3 mars, un documentaire sur le cinéaste (disponible en ligne) en deuxième partie de soirée et avant cela, son film sorti en 1992 : Un cœur en hiver.

Fuis-moi, je te suis

L'avant-dernier film de Sautet est sans doute l’un de ses plus beaux. L’un des plus tragiques, aussi. C’est un triangle amoureux, porté par Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart et André Dussollier. Nous sommes dans le monde feutré de la musique classique. Camille, incarnée par Emmanuelle Béart, est une brillante violoniste. Elle confie son violon, pour le faire réparer, à Maxime (André Dussollier), qui est luthier. Une histoire d’amour voit le jour entre eux, mais peu à peu c’est l’associé de Maxime, Stéphane, qui trouble la violoniste. Stéphane est un taiseux, un solitaire. Il semble cynique et désabusé. Aucun de ces adjectifs ne convient, en réalité : Stéphane est insaisissable. Daniel Auteuil est impressionnant, dans ce rôle. Il laisse Camille s’intéresser à lui, il va l’écouter jouer, elle se confie à lui et puis il prend de la distance. 

On peut y voir une variation autour des Liaisons Dangereuses. Si on devait résumer cela par un poncif, mais ça manquerait tellement de finesse et de précision - tout le contraire du travail des artisans luthiers), cela donnerait : "Fuis-moi, je te suis" ! A quoi joue Stéphane ? Et sera-t-il finalement pris à son propre jeu ? Un jour qu'il se confie à une amie, cette dernière demande à Stéphane s’il est amoureux, elle croit que ce mot le hérisse. Et il répond : "Non, il me dépayse". En attendant, il humilie la pauvre Camille.  

Emmanuelle Béart est désarmante d’incompréhension et de sensualité face à ce cœur en hiver. Et nous, veut-on le détester, cet infirme des sentiments ? Ou ressentir de la peine pour lui, de la pitié ? Il faudra quelques sonates de Ravel et un trio, pour se faire une idée. Violon, violoncelle, piano.  

L'âme du violon

Savez-vous que les violons ont une âme ? Il y a, à l’intérieur de la caisse de l’instrument, une petite pièce en bois qui s’appelle l’âme. Elle a pour fonction de transmettre les vibrations dans tout le corps. La question qui habite ce film serait plutôt de savoir si le cœur est un instrument. Si l’on peut le manipuler, et jouer avec. Voire le réaccorder, quand on finit par constater qu’il sonne faux.  

Il flotte sur ce film une mélancolie âpre, familière, universelle. Claude Sautet était un cinéaste chef d’orchestre. Il réalisait ses films comme on dirige des musiciens, il prêtait une immense attention aux rythmes et au silence. Sur sa tombe, il a fait inscrire : "Garder le calme devant la dissonance".  

► Un cœur en hiver, c’est à 20h50 sur Arte le mercredi 3 mars. Le film sera suivi d'un documentaire : Claude Sautet, le calme et la dissonance.

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