Cette série documentaire explore avec paresse et humour l'art délicat de tout remettre au lendemain, et lui rend ses lettres de noblesse. Saviez-vous que Léonard de Vinci et Jean Jaurès étaient de grands procrastinateurs?

Je voulais vous en parler demain, mais apparemment c'est impossible. Voici une remarquable série consacrée à la procrastination : "On verra demain" est en ligne sur le site d'Arte. Guillaume Podrovnik a voulu rendre ses lettres de noblesse à l’art de tout remettre à plus tard. C'est un peu une enquête de fumiste, évidemment, mais c'est drôle et franchement passionnant. Dans un décor constellé de post-its, de courrier à ouvrir et de bouquins à trier, on voit défiler des philosophes, des écrivains, des économistes, des sociologues... Tous spécialistes de la question. Et l'on découvre que l'habitude de remettre au lendemain est moins néfaste qu'elle n'en a l'air ! 

Le procrastinateur est un héros au sang froid. Il se dit que le meilleur de lui-même peut surgir au dernier moment, en catastrophe.  

Parmi les personnes interrogées, on croise une collègue de France Inter : Juliette Arnaud, chroniqueuse de "Par Jupiter" se revendique fièrement procrastinatrice. Du genre à se lever la nuit pour faire des "to-do listes" dont elle ne raye jamais la moindre ligne.

Parmi les procrastinateurs les plus célèbres de l'Histoire, on trouve Léonard de Vinci. Il inventait plein de trucs, s'intéressait à tout, mais n'a jamais terminé le moindre tableau ou presque. Procrastiner, finalement, c'est faire preuve de curiosité. C'est aussi une forme de résistance aux injonctions de productivité et d'efficacité. En ce sens, Gaston Lagaffe est un grand résistant ! Mozart, Jaurès et Hugo étaient aussi, chacun dans leur genre, de grand procrastinateurs. Un épisode de la série, en tout cas, s'emploie à le prouver. 

Savez-vous l'alibi imparable qu'a trouvé l'écrivain russe Nicolas Gogol pour ne jamais terminer "les âmes mortes"? Il est mort. Vous allez me dire que ça n'a rien à voir avec de la procrastination. Eh bien si ! Parce qu'avant de mourir, Gogol avait jeté au feu la deuxième partie de son roman. Il n'était pas satisfait du résultat. Et cela vient éclairer une chose importante : le procrastinateur est un perfectionniste (parfois inconscient). 

Ni paresse ni fainéantise

Tous les prétextes sont bons pour faire l'éloge de la paresse, en somme. Mais attention, le procrastinateur se distingue du fainéant ou du paresseux. En tout cas, si le sujet n'a rien de neuf, il a pris de l'ampleur ces dernières années. Car c’est sur les réseaux sociaux que l’on procrastine le mieux. Il y a toujours une vidéo de chats beaucoup plus urgente que tout le reste. Les réseaux sociaux sont conçus pour ne pas nous laisser bosser. 

Celui qui le dit le mieux, c'est Florent Oiseau. Un écrivain dont le premier roman était intitulé Je vais m'y mettre (ça ne s'invente pas). Il explique aisément qu'il préfère toujours regarder la pétanque à la télé ou s'interroger sur la surface d'un kiwi que de se mettre au travail. Surtout quand l'échéance fixée par son éditeur approche. On pourrait penser que la procrastination est un truc de nantis. Mais avant d'être écrivain, Florent Oiseau a été pompiste, peintre en bâtiment, ou intérimaire dans une usine de pain de mie du Berry, à la ligne du "sans croûte".

Où est passé le temps gagné ?

Les images d'archives sont exploitées avec beaucoup d'humour. Et cette série, l'air de rien, interroge avec beaucoup de pertinence notre rapport au temps et au travail. La technologie est censée nous faire gagner du temps. Où est passé tout le temps que nous avons gagné? Pensez bien à mettre cette série sur votre liste de trucs à faire. Et surtout, n’oubliez pas de poser cette liste sur la pile de listes de trucs à faire. 

On verra demain : excursion en Procrasti-Nation : sept épisodes de 10 minutes, qui sont en ligne sur le site d’Arte. 

  • Légende du visuel principal: Guillaume Podrovnik rangera son bureau demain, promis. © Arte France / Imagissime
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