Réviser le bac devant le tournoi de tennis, nous sommes beaucoup à l'avoir fait. Et ça n'est pas si bête ! Car il y a une dose de philosophie sur les courts de Roland Garros. La terre battue, en cherchant bien, peut même aider à réviser le bac français.

Le BAC avec Roland c'est mieux ! 

La télé m'offre une cure de jouvence ces jours-ci. Je rajeunis en un éclair. Et ce grâce à un bruit, reconnaissable entre mille, celui de la balle jaune. Chaque année, c'est pareil : Roland Garros me rappelle le bac. Je devais réviser l'histoire-géo, la philo, les maths... mais la télé était juste là, à me tendre les bras. Allez savoir pourquoi, j'avais l'impression que regarder le tennis était moins grave que toute autre forme de procrastination. Beaucoup moins grave, en tout cas, que de regarder autre chose à la télé.

Le poids du rituel

C'est bizarre, quand on y pense : pourquoi ai-je tendance à repenser à cette année précise - celle du bac - alors que j'ai suivi Roland Garros presque chaque année depuis ? Sans doute parce que ce tournoi porte en lui le poids du rituel, comme le bac. Nous avons besoin de rites auxquels nous accrocher. Ce sont des marqueurs du temps qui passe. Notre mémoire individuelle est ancrée dans la mémoire collective.

Nietzsche à Roland Garros

Mais pendant qu'on regarde les matchs, on ne révise pas la philo... Eh bien ça n'est pas si sûr ! Vous devriez lire un livre intitulé "Petite philosophie du tennis". Ouvrage passionnant de Christophe Lamoure, paru il y a quinze ans (trop tard pour moi, malheureusement, j'avais déjà échoué en majesté à la dissertation de philo). On y découvre que les joueurs et les joueuses de tennis pensent comme Nietzsche. Ils ne pensent pas à Nietzsche, mais ils pensent comme lui ! C'est à dire qu'ils pensent sans réflexion. Il faut penser sans se regarder penser, recommande le philosophe allemand. Le corps et la pensée doivent être en harmonie parfaite. Quand un joueur commence à se regarder penser, qu'il introduit du doute, de la distance, qu'il commence à se demander ce qu'il fait sur le court, il risque de perdre ses moyens. Qui sait ? C'est peut-être ce qui est arrivé à Gaël Monfils. 

Le Français a en effet été éliminé hier. Balayé par l'Autrichien Dominique Thiem, 6-4 6-4 6-2. Il n'y a plus de Français à Roland Garros. Et même si ça n'est pas une immense surprise, j'ai beaucoup souffert avec Gaël Monfils hier. Très impressionnante, la puissance de Dominic Thiem. Mais que dit-on précisément quand on parle de sa capacité à "imprimer", comme le fait le commentateur en direct. L'impression tennistique est un peu mystérieuse. C'est aussi pour ça que le tennis est un régal à la télé : ce n'est pas que de la philosophie, c'est aussi de la poésie ! La langue du tennis est belle.

Le tweener inattendu de Dominic Thiem

Et en la matière, j'ai appris hier un très joli mot : le tweener. C'est quand le joueur frappe la balle entre ses jambes, dos au filet, vers l'arrière. Souvent parce qu'il arrive trop tard au fond du court après un lob. C'est très spectaculaire, mais ça donne rarement un point gagnant. Là, si ! Très très joli, ce tweener inattendu de Thiem ! Et là, je viens de commettre une allitération. Tweener inattendu de Thiem. Or il est toujours utile de connaitre quelques figures de styles pour ... le bac français ! N'en jetez plus, il y a toutes les matières dans cette précieuse terre battue.

  • Légende du visuel principal: À Roland Garros, en 2018, Dominic Thiem effectuait un tweener contre Rafael Nadal © Getty / Cameron Spencer / Employé
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