"Le Coroner" allie médecine légale et analyse cinématographique. Que représente la mort d'un personnage dans les films ou les séries ? Réponse sur sa chaîne YouTube, "Chronik Fiction".

Le "Coroner" décrypte les morts de personnages fictifs
Le "Coroner" décrypte les morts de personnages fictifs © Capture d'écran de l'épisode "Thelma et Louise" de Chronik Fiction

Je vous présente le Coroner. Rien à voir avec le coronavirus, rassurez-vous. Un coroner, en anglais, c’est un médecin légiste. Voici des vidéos qui analysent la mort des personnages de films, de séries et de jeux vidéos. « Chronik Fiction » compte presque 200.000 abonnées, on doit cette chaîne Youtube à deux Français : Mike Zonnenberg et Fabio Soares. Je vous plante le décor : nous sommes dans une salle d’autopsie, tout ce qu’il y a de plus glaçant. Le Coroner est en plein travail. Il est en train, par exemple, de retirer des balles dans le dos d’un cadavre, et s’adresse à la caméra...

Mort en s'évadant, il n'est pas allé bien loin. La liberté vaut-elle de risquer sa vie ? Grande question, n'est-ce pas ? La réponse est oui évidemment, même si on préfèrera éviter de prendre cinq balles dans le dos. Mais faut-il mourir pour être libre ? J'ai toujours eu un faible pour les road movies, ces hommes et femmes en quête d'une délivrance promise au long d'un long périple.

C’est ainsi que démarre l’épisode consacré à Thelma et Louise : ça faisait longtemps que je ne vous avais pas bassinés avec ma passion pour ce film, non ?

C’est donc un légiste qui parle, mais son propos est assez peu technique : il ne s’agit pas de se demander si tel ou tel trépas est crédible au regard de la médecine. La question est plutôt de savoir ce que représente le décès d’un personnage dans une œuvre. Que faut-il comprendre derrière les choix de montage, de musique, de décor, de symbolique ? Ces autopsies sont avant tout cinéphiles. Si vous souffrez, comme moi, d’un manque terrible de salles obscures, ce shoot de cinéma vous fera le plus grand bien.

Le comédien qui joue le Coroner, Stefan Godin, est excellent, et chacune de ces vidéos est tournée comme un court-métrage, avec un immense soin apporté à l’image et aux effets spéciaux : le légiste est penché sur un cadavre plus vrai que nature, chapeau pour le maquillage, âmes sensibles s’abstenir. On trouve, dans ces vidéos, juste ce qu’il faut d’humour noir et de cynisme, c’est un régal.

Attention spoiler

En général, les personnages importants ne meurent pas au tout début. Résultat, si on veut ausculter leur décès il faut un peu divulgâcher ! Vous voilà prévenus. Parmi les films autopsiés, vous trouverez Psychose, Pulp Fiction, Blade Runner, ou Full Metal Jacket. L’épisode sur la Ligne Verte est passionnant, qui propose un parallèle entre le condamné à mort et Jésus Christ… Tom Hanks et les autres gardes pénitentiaires sont les apôtres de ce Christ de cinéma.

Mon épisode préféré est celui consacré à la série Game of Thrones. On réalise à quel point la mort d’un méchant, d’ordinaire, offre une catharsis au spectateur, une forme de soulagement. Toute l’audace de Game of Thrones a été de nous priver de cette catharsis : les méchants tardent à mourir, ne meurent pas ou - pire - deviennent gentils  ! Et quand la mort arrive, elle ne frappe jamais celui ou celle qu’on espérait. Cela crée une intensité dramatique folle. Parce que nous sommes habitués à l’immunité scénaristique des personnages, obligatoire pour un happy end !

Ce n’est pas anodin, vraiment pas, pour un scénariste, de tuer un personnage. Voilà pourquoi les analyses du Coroner sont souvent vertigineuses. Je lui laisse le mot de la fin :

On peut rater sa vie, mais pas sa mort

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