Ce site internet vous propose gratuitement d'admirer la vue depuis une fenêtre quelque part sur la planète. En un clic, passez de Londres à San Francisco et de la Pologne à la Nouvelle-Zélande. De quoi se dépayser et laisser son imagination galoper sur les images hors-champ...

Mon amie, ma soeur, songe à la douceur d'une fenêtre ouverte sur Madrid...
Mon amie, ma soeur, songe à la douceur d'une fenêtre ouverte sur Madrid... © capture d'écran Window Swap

Figurez-vous qu’aujourd’hui, je suis déjà allée à Antalya en Turquie, puis à Nairobi au Kenya, avant de passer par Londres, Santiago du Chili et Belgrade. Tout ça alors qu’il n’est pas encore 7h du matin. Oh, je n’y ai pas fait grand-chose, rassurez-vous. Mais j’ai regardé par la fenêtre. Et c’était fichtrement dépaysant. Je vous conseille un site internet formidable, qui s’appelle "Window Swap" : "échange de fenêtres", en français. Le principe est tout simple et gratuit : on clique sur « open a window somewhere in the world », et on voit apparaitre la vue depuis une fenêtre. Le voyage est aléatoire, on ne sait jamais à l’avance où on va tomber. Ah tiens, il pleut des trombes à Cracovie, en Pologne. Si la vue ne vous plait pas ou si vous avez la bougeotte, cliquez à nouveau et vous vous retrouvez ailleurs sur la planète. Il n’a pas l’air très sympa, le chien des voisins, vu de cette fenêtre de Carmiel, en Israël.

Le charme du différé

Les images ne sont pas en direct. Ce sont des vidéos tournées et envoyées par des particuliers. D’ailleurs, vous pouvez participer, n’hésitez pas : la consigne, c’est de filmer en plan fixe, pendant dix minutes depuis sa fenêtre. A vrai dire, le fait que les images soient en différé et pas en direct ajoute du charme à l’expérience, car c’est un voyage dans l’espace et dans le temps. On change d’heure et de saison en permanence. Me voici à la tombée de la nuit à Rio, au Brésil, les lumières de la ville se reflètent sur la mer. Je clique, et soudain c’est le petit matin en haut d’un gratte-ciel de Toronto. Il neige dans le New Jersey, aux États-Unis et en une seconde je suis en plein été, avec vue sur une piscine, à Vasteras, en Suède. 

Je ne connaissais pas Vasteras, alors j’ai consulté une carte : cette ville est située sur le lac Mälar, pas loin de Stockholm. C’est aussi ça, la magie de Window Swap : ça donne envie de se perdre dans des atlas et dans des cartes du monde. Et puis on tombe parfois sur un endroit que l’on connait ! J’ose à peine imaginer votre émotion, Mathilde, lorsqu’une fenêtre de Châteauroux pointera son nez, entre la Lituanie et la Nouvelle-Zélande. Comme vous le devinez, ce site internet est né d'une imagination confinée. C’est un couple de Singapour qui l’a lancé l’année dernière. Histoire de voyager même coincés à domicile, et de profiter de la vue des autres. On le recommande en particulier aux habitants de Nice et de Dunkerque, en ce moment.

Les palmiers de Sogamoso

Ce qui est savoureux aussi, je dois dire, c’est que les images ne sont pas toutes belles, loin de là. Cette vue sur un rond-point de Dublin, par exemple, est franchement tristounette. Sans parler de celle qui donne sur un champ de patates en Bavière. Mais elles donnent encore plus d’envergure aux images qui en jettent et sortent du lot, comme cette charmante petite place piétonne de Sogamoso, en Colombie… Il y a des palmiers doucement secoués par le vent, et des fleurs d’un rose intense qui se pavanent sous le soleil. Un vrai cliché ! Elle a de la chance, Luisa. Oui, parce qu’on connait, à chaque fois, le prénom de la personne qui a filmé. Ce sont les seuls infos dont on dispose : l’endroit et le prénom de notre hôte de fenêtre. Et pour le reste, l’imagination galope. On se prend à inventer les images hors champ : à quoi ressemble-t-elle, la maison de Luisa, de l’autre côté de la caméra ? Et passe-t-elle suffisamment de temps à sa fenêtre, à admirer les fleurs ?

Autant vous prévenir, vous regarderez différemment votre fenêtre après avoir trainé sur ce site. Vous vous demanderez quel détail frapperaient les internautes de l’autre bout du monde. Et on se retrouve, mine de rien, à changer son propre regard sur ce qui nous est tellement familier. Vous savez ce que disait Baudelaire : "Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé par le désir de changer de lit". Il est probable qu’en allant voir le lit des autres, on se souviendra mieux de ce qui nous plait dans le nôtre ! L’avantage, c’est que tester la fenêtre des autres, c’est tout de même moins intrusif que d’emprunter leur lit.

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