Evasion fiscale, violation d'embargos, jeux d'influence politique... Une enquête diffusée sur France 3, basée sur des témoignages d'anciens salariés, met en lumière les zones d'ombre de la première banque française. Sollicitée, la direction de la BNP n'a pas souhaité répondre.

Si vous faites partie des 7 millions de Français qui ont un compte chez BNP Paribas, vous allez être estomaqué(e) par cette enquête. Même sans être client(e), d’ailleurs, vous êtes concerné(e). Tout simplement parce que la première banque française est un des acteurs majeurs de la dette publique. 

« BNP Paribas. Dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne » : un documentaire diffusé jeudi 4 octobre à 23h35 sur France 3. Les journalistes Thomas Lafarge et Xavier Harel ont enquêté pendant deux ans. Ils racontent la privatisation de la BNP en 1993, puis l'OPA sur la banque d'affaire Paribas en 1999. Et on découvre à quel prix la petite « Banque Nationale de Paris » est devenue un géant mondial de la finance : la spéculation financière comme priorité, cette tendance à devenir une "banque casino", au détriment des clients, et avec le soutien de l'Etat en cas de pépin, comme l'a montré la crise de 2008.

"Fric et frime"

C'est une enquête à charge, oui sans doute. Mais ce qui est exceptionnel, surtout dans le monde feutré de la finance, c'est que ce film repose sur des témoignages de salariés et d’anciens salariés. Ils racontent par exemple - ça ne manque pas de sel - les relations plus que tendues entre le personnel de la BNP (banque de dépôt, traditionnelle) et les traders de chez Paribas, surnommés les "frifri" en interne : frifri comme "fric et frime" !

Evasion fiscale

Un ancien banquier raconte aussi - et c'est fois c'est très grave - comment il flirtait avec l'illégalité pour encourager l’évasion fiscale. Cela se passe dans la filiale suisse de BNP Paribas. Vous savez peut-être que le "racolage bancaire transfrontalier" (appelons-le ainsi) est interdit. Un Français a le droit d'ouvrir un compte en Suisse (à condition de déclarer cet argent au fisc). Mais un banquier suisse n'a pas le droit de venir en France pour démarcher des clients potentiels. Voici ce que dit cet ancien salarié, qui a travaillé pour BNP Paribas en Suisse entre 2005 et 2010 :  

Pratiquement 100% des clients dans les années 2000 étaient des clients non déclarés. (...) Que ce soit à Athènes, Madrid, Rome ou dans d'autres villes, nous allions chercher des clients à l'étranger. Nous allions rencontrer des clients en leur proposant de venir nous voir en Suisse.

Ce qu'il décrit là, c'est bel et bien du démarchage ! Quand il parle de ses « clients non déclarés », ce sont ceux qui n'avaient pas déclaré leur argent aux autorités fiscales de leur pays. Autrement dit, ses clients étaient presque tous des exilés fiscaux.  

Comment la banque se défend-elle de ces accusations de complicité d'évasion fiscale ? En faisant la morte. Elle ne répond pas. On a droit à la formule habituelle : « Sollicités, les dirigeants de BNP Paribas n’ont pas souhaité répondre à nos questions. »

7 milliards de bénéfices 

Le film aborde aussi en détail la façon dont BNP Paribas a violé l'embargo américain au Soudan. Comment elle a financé le régime meurtrier d'Omar El-Bechir. C'est une enquête très dense, qui part un peu dans tous les sens. Mais on ressort complètement abasourdi. Précisons que BNP Paribas continue à enregistrer des bénéfices record (plus de 7 milliards d’euros en 2017). Un peu comme si cette banque n'avait de compte à rendre à personne.  

« BNP Paribas, dans les eaux troubles de la plus grande banque européenne ». Jeudi 4 octobrer sur France 3 à 23h35 (et ensuite en replay).

Légende du visuel principal:
Thomas Lafarge et Xavier Harel jettent une lumière crue sur une banque qui semble n'avoir de compte à rendre à personne. © AFP / PIERRE VERDY
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