A voir sur Canal Plus, une série magistrale qui alerte sur le péril populiste et invite à la résistance. Mais aussi une saga romanesque, familiale, avec des personnages très attachants. Emma Thomson incarne une femme politique terrifiante...

C’est un cas d’école, qui montre à quel point la télévision est aujourd’hui à un point de bascule. Voici une série dont parle beaucoup la presse, ces jours-ci, et qui pourtant ne vient pas de sortir. Les premiers épisodes de « Years and Years » ont été diffusés en mai sur My Canal, l’offre de Canal Plus à la demande, au moment de leur sortie au Royaume-Uni. Sauf que depuis lundi, elle passe sur Canal Plus : diffusion télé, à l’ancienne, deux épisodes par semaine, le lundi soir. Ça n’empêche en rien de tout regarder d’affilée (les six épisodes de 52 minutes sont en ligne) mais ça prouve qu’il reste des abonnés à Canal Plus qui regardent une série quand elle passe à la télé, sans VOD ni streaming. Ils sont fidèles à un rendez-vous. Cela concerne aussi, sans doute, ceux qui sont attachés à la VF, puisque les épisodes étaient jusqu’ici disponibles en VO sous-titrée. Voilà qui vient nous rappeler que tous les modes de consommation de la télé coexistent encore. Et cette série magistrale mérite votre attention, quel que soit le support. 

Mélange de Trump, Johnson et Le Pen 

Nous sommes au Royaume Uni en 2019, année du Brexit. On va suivre une famille au fil du temps. La famille Lyons. La grand-mère, les frères et sœurs les cousins, les conjoints. On se passionne pour leur vie de famille, pour leurs histoires de cœur... et pour l’actualité. Parce que tous voient, à la télé, émerger une femme politique surprenante, interprétée par l’excellentissime Emma Thomson. C’est Vivienne Rook. "Viv" est un mélange de Marine Le Pen, Boris Johnson, Donald Trump et Mateo Salvini. Populiste, donc. C’est surtout un personnage aussi terrifiant qu’attachant. On comprend très bien comment certains membres de la famille Lyons vont être séduits par son discours. 

Pourquoi ce titre, « Years and years » ? Parce qu’on accélère le temps. Un an s’écoule entre chaque épisode. Impossible de se faire reposer la série sur de bons vieux cliffhangers à la fin de chaque épisode, comme le font souvent les scénaristes : au début de l’épisode d’après, de l’eau aura coulé sous les ponts. Il y a du suspense, oh que oui, mais très subtilement construit. 

Dystopie politique

Ce dispositif, vous vous en doutez, est parfait pour raconter le futur. Car « Years and Years » est une fiction d’anticipation, une dystopie. Un pamphlet féroce et implacable qui décortique les rouages du populisme, mais aussi notre attitude face à l’urgence climatique ou la situation des migrants. Russel Davies, le créateur de la série, explique qu’il a fallu tourner le plus vite possible pour éviter que ce qu’il se passe dans le scénario ne se produise d’abord dans la réalité...

L’un des personnages, dans le premier épisode, explique en rigolant à moitié qu’il regrette le temps où on se fichait de la politique, parce que c’était chiant. Ah le bon vieux temps ! Maintenant, la politique fait peur. Est-ce une série sombre et anxiogène ? Oui, sans aucun doute. Mais elle est aussi – là est le tour de force – chargée d’espoir. C’est une invitation à la résistance. A la vigilance. Et puis c’est aussi une saga romanesque qui m’a fait rire et pleurer à chaudes larmes, avec des comédiens exceptionnels. Bref, énorme coup de cœur.

Xavier Leherpeur, dans sa nouvelle émission du samedi soir sur France Inter, « une heure en série » (que je vous recommande au passage) a affirmé que c’était la série de l’année. Je crois bien que je suis d’accord avec lui. C’est en tout cas une série dont je vais me souvenir pendant des années et des années. Years and years...

  • Légende du visuel principal: La famille Lyons, ses amours, ses emmerdes, ses craintes politiques... © Years and years limited
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