France 2 diffuse ce soir la saison 5 de Cherif, une série qui a comme particularité d'avoir comme personnage principal Kader Cherif, un policier d'origine maghrébine. L'occasion de parler de la place accordée à la diversité à la télévision...

Et bien moi,  je suis content de voir un Chérif à la télé. Parce que quand j’étais gamin, dans les séries françaises, il n’y avait pas de personnage qui me ressemblait. 

Alors, je m’identifiais instinctivement à des figures noires de séries américaines. Will dans le Prince de Bel Air ? C’était moi. La famille dans le Cosby Show ? C’était la mienne. Et pourtant je ne suis pas noir. Mais je me sentais en proximité en raison du caractère « minoritaire » des Noirs aux Etats-Unis. C’est dire la complexité du sentiment de représentativité.

Depuis, la télé française a un peu changé. On s’en souvient, après les émeutes de 2005, Jacques Chirac avait rassemblé les patrons de chaînes de la télévision française afin de les alerter sur le manque de diversité à l’écran. Depuis, on a assisté à une - petite - prise de conscience de la part des patrons de chaînes.

Et en 2013, Chérif faisait son apparition sur France 2…

Je me souviens qu’à l’époque, je m’étais précipité devant ma télé pour découvrir les aventures de ce flic maghrébin. C’était la première fois en France qu’on en voyait un dans le rôle principal d'une série Problème : je découvre que Kader Chérif ne me ressemble pas. Lui et moi n’avons ni la même vie ni les mêmes soucis. Sa vie familiale et la mienne n’ont rien à voir. Son langage, ses références et sa gestuelle ne sont pas les miens.

Alors d’abord, je m’en suis voulu. Je me suis dit que j’avais été bête de penser qu’un seul personnage pouvait représenter à lui tout seul l’ensemble des arabes de France. C’est presque raciste en réalité de considérer que les personnes d’origine maghrébine forment un seul et même bloc. Il est donc normal que Kader Cherif ne me ressemble pas.

Mais il y a quand même quelque chose qui me dérange avec ce personnage. Et j’en ai parlé avec des amis – arabes ou non – qui ont le même discours. En fait, on n’y croit pas à ce flic arabe. Il n’est pas assez réaliste pour être représentatif de qui que ce soit.  Et ce manque de réalisme, je le retrouve malheureusement dans tous les personnages arabes de la fiction française. 

Bref, hier, le CSA publiait son baromètre de la diversité à la télé…

Où l’on apprend notamment qu’en 2017, 19% des visages à la télé étaient perçus comme « non-blancs » contre 16% en 2015. Ce chiffre progresse et c’est une bonne nouvelle ! Mais quid de la diversité des histoires à la télévision ? Quid de la diversité des récits de vie ?

Aujourd’hui, les visages colorés – vous me pardonnerez l’expression – ne sont que des alibis alors qu’ils pourraient être des prétextes afin d’explorer d’autres territoires créatifs.

Si je me sentais aussi représenté par le Prince de Bel Air quand j’étais gamin, c’est parce qu’il y avait un propos sur le fait d’être noir dans un quartier chic aux Etats-Unis.

Ce ne sont pas la multiplication de visages qui vont nous donner le sentiment d’être représentés mais bien la pluralité des récits.

Je vous invite à aller voir les noms des scénaristes des fictions françaises. Aucun patronyme – ou presque -  d’origine africaine. En voilà un, un espace où il faudrait peut-être plus de diversité...

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