La mort d’un enfant est contre-nature et inconcevable. Mais petit à petit, les parents endeuillés apprennent à apprivoiser cette douleur indicible. Dans le documentaire « Dites-leur que je suis vivant », diffusé ce mardi 5 mai sur France 2, ils prennent la parole et s’extraient du silence pour aborder ce tabou.

Dans le documentaire "Dites-leur que je suis vivant" Katia et Benoît témoignent
Dans le documentaire "Dites-leur que je suis vivant" Katia et Benoît témoignent © Chasseur d'étoiles

Allez, même pas peur de vous parler de ce film. Je dois vous avouer que j'ai beaucoup hésité, parce que je n'avais pas envie de plomber l'ambiance, parce qu'on a besoin de douceur et de sourire en ce moment. Et puis j'ai réalisé que le silence, la gêne, les regards qui se détournent, c'est exactement ce contre quoi se battent celles et ceux dont on fait la connaissance dans ce documentaire : Claire, Katia, Sandrine et Jean-François. Ces gens ont perdu un enfant. Oui c’est insoutenable. Ça l’est tellement que les mots ne sont pas à la hauteur. Un orphelin, c’est quelqu’un dont les parents sont morts, mais pour dire ce deuil-là, pour dire la mort d’un enfant, il n’y a pas de mot.

Le film ne donne presque aucun détail sur les circonstances des drames, on ne sait pas comment ni à quel âge est survenu le décès, ni si l’enfant était petit, moyen, grand, adulte. Car le sujet est ailleurs. Ces parents endeuillés, inconsolables, sont aussi rongés par le silence des gens autour. Les proches et les moins proches, qui ne prononcent jamais le nom de leur enfant, qui finissent par s'éloigner. Sandrine explique :

Il y a une différence entre la pudeur et le silence qui plombe tout.

La voix de ces parents, souvent, menace de se briser. Leur regard se voile, les larmes sont en embuscade. Mais il respirent, ils prennent le temps, et puis ils parlent. On sent chez eux un besoin de hurler au monde qu’ils n’en peuvent plus, de cette impression de déranger, de terrifier, de paralyser. Il disent : la mort de mon enfant fait partie de moi, alors si tu tiens à moi, ne détourne pas le regard. 

Peut-être vous souvenez-vous d’une chronique que Nicole Ferroni, il y a quelques mois, avait consacré sur cette antenne à son amie Nora, dont l'enfant venait de mourir. Nicole était choquée par la violence des courriers administratifs que recevait son amie. Des courriers qui venaient ajouter de l'indécence à la violence. Et bien Katia, dans ce film, ne dit pas autre chose. Sur le site de la CAF, elle a lu un jour qu'elle était "sans enfant". Son fils était balayé, il n'avait jamais existé. Elle s’est sentie "rayée de la grande communauté des mères". Ce n'est tout de même pas compliqué d'inventer une case "décédé", dit-elle : ça arrive, de mourir, non ?

La vie et la tendresse, malgré tout

Je voudrais insister sur une chose : ce film est déchirant, bouleversant, oui, bien sûr, mais il est aussi très beau. Et aussi surprenant que ça puisse paraitre, il offre une immense gorgée de vie. On voit Katia en train de préparer une mousse au chocolat avec son fils, et parler à ce petit garçon du frère qu’il n’a pas connu et qui, lui aussi, aimait beaucoup la cuillère pleine de chocolat. La scène est apaisée, elle est très tendre. Caroline Conte et Thomas Robin, les réalisateurs, ont fait le choix de tourner beaucoup de séquences en extérieur. Ils n’ont ajouté aucune voix off, aucun commentaire. Claire nous raconte son deuil tout en marchant dans un champ d’herbes hautes inondé de soleil, en plein été. Quant à Sandrine et Jean-François, on les accompagne en randonnée, sous la neige.

Un mois et demi après le décès de Baptiste, je planais complètement, j’étais complètement hors sol, et on est montés dans ce vallon qui était encore un peu à l'ombre, frais. J'en ai des supers souvenirs : ici, je trouve que le monde est beau.

Vous l’aurez compris, même si ce documentaire de 52 minutes aborde un sujet insoutenable, il nous concerne tous et toutes. Parce qu’on a tous vécu, ou qu’on vivra tous un jour, le deuil d’un être cher. Et qu’il faut savoir comment être là. Accepter qu’on ne peut rien. Ecouter. Parler quand c’est nécessaire. Se taire quand c’est trop douloureux. Mais être là. 

Dites-leur que je suis vivant à voir mardi 5 mai à 23h sur France 2, dans la case « Infrarouge », ou en replay dès le lendemain sur le site de France Télévision.

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