Le thriller érotique avec Sharon Stone et Michael Douglas, sorti en 1992, est diffusé ce lundi soir sur RTL9. Mais au fait ça veut dire quoi, mal vieillir, pour un film?

Une histoire de pic à glace. Basic Instinct, de Paul Verhoeven, est diffusé lundi 5 novembre sur RTL 9 à 22h30.  Sharon Stone et Michael Douglas, dans un thriller érotique qui date de 1992. J’insiste sur la date, parce que je vous propose une expérience : regardez ce film et demandez-vous si Basic Instinct a mal vieilli.  Elle est étonnante, cette expression qu’on emploie souvent sans pouvoir la définir. Ça veut dire quoi, mal vieillir, pour un film ? 

Je vous rappelle d’abord l’histoire. Scène d’ouverture : un homme assassiné en pleine extase sexuelle, avec un pic à glace en effet. Michael Douglas joue le policier chargé d’enquêter sur cette sombre affaire. Sharon Stone incarne celle qu’on soupçonne. Pendant l'interrogatoire de police, celle qui était la maîtresse du défunt décroise les jambes en regardant le flic droit dans les yeux, dévoilant une nudité inattendue. La scène va devenir culte. Un sommet de transgression. Basic Instinct, c’est l’un des films le plus sulfureux des années 90. 

Érotisme un peu vintage

Et il a mal vieilli, alors ? Oui et non. Oui, parce que ça sonne faux, aujourd’hui. On est dans un érotisme à la Playboy ou Lui : très vintage. L’imaginaire de la femme fatale est franchement ringard. Non parce que les films, aussi dingue que ça puisse paraître, ne changent pas avec les années ! Quand on constate, en regardant un film qu’on a vu il y a longtemps, à sa sortie, qu’on n’est pas aussi ému(e), passionné(e) ou troublé(e) qu’à l’époque, on met ça sur le dos du film : il a mal vieilli. Quelle mauvaise foi ! C’est nous qui avons changé. 

Évidemment, certains films racontent une époque en particulier et ont plus de mal à traverser le temps, à porter un propos universel. Évidemment, le grain de l’image, les vêtements ou les modèles de voitures sont parfois très datés. Mais on trouve toujours un intérêt à se confronter au souvenir qu’on a gardé d’un film. C’est d’ailleurs pour ça que Jean Renoir refusait d’écrire le mot « fin » avant le générique, comme c’était pourtant l’usage à son époque : il estimait que le film continuerait sa vie dans la mémoire des spectateurs.

Sexe et pouvoir

Voir ou revoir Basic Instinct en 2018, c’est s’intéresser au rapport de domination entre les hommes et les femmes, au renversement de ce rapport de domination. Le voir en 2018, c’est aussi réaliser que le plus transgressif dans ce film, ce n’était pas les scènes de sexe ou celle des jambes décroisées, mais le fait de parler aussi clairement de plaisir féminin et de consentement. Voilà qui renvoie à l’une des répliques cultes de la série House of Cards : « Tout dans la vie est affaire de sexe. Sauf le sexe, qui lui est affaire de pouvoir. » Paul Verhoeven, en 1992, montrait que l’érotique est politique. 

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Basic Instinct © Getty / Sunset Boulevard/Corbis
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