Le changement d'animateur ne devrait pas chambouler le jeu de France 2, dont les vraies vedettes sont les couples. Mais que penser de l'amour tel qu'il est "vendu" dans les Z'amours?

Gros chamboulement depuis jeudi dernier : c’est Bruno Guillon qui présente les Z'amours, jeu diffusé sur France 2 depuis 23 ans. Il est même encore plus vieux si on inclut son ancêtre, « les mariés de l'A2 », qui fonctionnait sur le même principe et qui a démarré en 1987, il y a 31 ans : c’est peu de dire que cette émission est un monument. Tex, comme vous le savez, a été viré après une blague sur les violences conjugales qui faisait suite à de nombreux rappels à l’ordre de la part de la direction de France 2 pour son humour qu’elle jugeait douteux. Il était le visage des Z’amours depuis 17 ans, autant dire que son remplaçant devait être un peu impressionné. Mais Bruno Guillon s’en sort très bien. L’animateur venu de Fun Radio, qui a rendu brièvement hommage à Tex pour sa première, est naturel et convivial et fait régulièrement allusion à arrivée un peu précipitée à ce poste. 

Le changement d’animateur a suscité une petite hausse des audiences. Un effet curiosité qui n’est pas très surprenant. Et il y a fort à parier que les audiences vont se maintenir. Parce que même si c’est un jeu où l’animateur prend beaucoup de place (parfois en dialogue avec la voix off – j’aimerais comprendre à quoi sert ce deuxième animateur caché en coulisse, qu’on entend mais qu’on ne voit pas), l’intérêt de cette émission, ce sont les trois couples en compétition.

Où est passé le mystère ?

Le but du jeu, c’est de prouver qu’on se connaît par cœur ! En tout cas chacun doit prouver qu’il ou elle connaît mieux son conjoint ou sa conjointe que les autres (il y a déjà eu des couples homosexuels dans l’émission mais c’est assez rare). Ça peut être un peu exaspérant, cette idée que le « meilleur » couple est celui dont les deux conjoints se connaissent le mieux. On peut ressortir cette citation de Saint Exupéry devenue tarte la crème... « L’amour, c’est regarder ensemble dans la même direction. » Ras le bol de cette phrase. Et pourtant je n’ai pas pu m’empêcher d’y penser devant les Z’Amours : ces couples si fiers de nous prouver qu’ils se connaissent doivent beaucoup se regarder l’un l’autre… et pas regarder ensemble dans la même direction ! Le plus énervant, à ce titre, c’est la dernière épreuve de l’émission : non seulement je dois tout savoir de l’autre mais je dois aussi savoir ce que l’autre sait de moi-même. C’est affreux! Où est passé l’indispensable mystère ? Voilà le sentiment de la téléspectatrice rabat-joie que je suis parfois. 

Mais je ne le suis pas tout le temps. J’ai déjà eu l’occasion, ici même, de chanter les louanges de la routine : on peut voir les gestes banals et quotidien de nos vies comme une chance, comme quelque chose de beau. Eh bien les candidats aux Z’amours ne disent pas autre chose. Ils connaissent les défauts, les qualités, les goûts et dégoûts, les anecdotes honteuses et les moments de gloire de leur partenaire : ils savent tout et estiment que c’est la preuve de leur amour. En résumé, si l’amour rend aveugle, les Z’amours rendent la vue !

Se connaitre grâce au regard de l'autre

Enfin, si j’osais citer Aristote et Platon de si bon matin, je vous dirais que cette émission renvoie à un débat qui agite les philosophes depuis très longtemps : peut-on se connaître soi-même ? Ou a-t-on au contraire besoin de l’autre pour se connaître ? Les Z’amours ont tranché : plus je suis proche de quelqu’un, plus le regard qu’il ou elle a sur moi m’aide à me connaître moi-même et donc à accéder à la sagesse. Les Z’amours penchent du côté d’Aristote. De là à dire que c’est une émission aristotélicienne, ne nous emballons pas.

Les Z’amours, du lundi au samedi à 11h25 sur France 2.

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