France 3 diffuse, ce jeudi soir, le film culte de Steven Spielberg, dont la scène d'ouverture a été saluée pour son réalisme, aussi bien par les historiens que par les anciens combattants. Un débarquement de Normandie tournée en Irlande, avec plus de mille figurants.

La scène d’ouverture est magistrale. Mémorable. Elle dure 20 minutes. C’est le débarquement du 6 juin 1944 filmé au plus près. On est d’abord dans les bateaux, avec les soldats américains, juste avant le carnage. Tom Hanks incarne le capitaine Miller, qui donne aux soldats les toutes dernières consignes. La peur inonde les visages. Tous ces hommes crèvent de trouille et cette peur est un vrai choc de cinéma. Quelques minutes plus tard, l’arrivée sur la plage, le bain de sang. 

Le sang, les larmes et la trouille à hauteur d'homme

"Il faut sauver le soldat Ryan", que France 3 diffuse en ce jour de commémoration, est sorti en 1998. C’était la première fois qu’on filmait le débarquement depuis « le jour le plus long », sorti en 1962. Vingt ans plus tard, la scène inflige toujours une immense claque. Parce que Steven Spielberg filme le sang, la trouille et les larmes à hauteur d’hommes. Le tournage (qui n’a pas eu lieu en Normandie mais en Irlande) a mobilisé plus de mille figurants (des réservistes de l’armée irlandaise, pour la plupart) et cette scène aurait couté, à elle seule, quelques douze millions de dollars. Son réalisme a été salué par de nombreux historiens, mais aussi par des anciens combattants. Le réalisateur utilise de nombreux procédés pour nous donner l’impression qu’on est au cœur de la bataille : la caméra qui tremble, des plans tournés tout près du sol, des scènes parfois floues ou décadrées, des couleurs saturées. Des moments de quasi silence aussi, quand Tom Hanks, hébété, épouvanté, regarde ses hommes tomber un par un, morts ou estropiés. Si le réalisme de cette scène est à couper le souffle, c’est aussi parce que Steven Spielberg s’est inspiré des photos de Robert Capa. 

Combien vaut une vie humaine ?

Et on découvre ensuite la mission. Le capitaine Miller et son peloton sont chargés de retrouver un soldat dont les trois frères viennent de mourir au combat. L’état-major de l’armée américaine ne veut pas annoncer à leur mère que tous ses fils sont morts, il faut donc sauver le dernier qui reste. C’est inspiré d’une histoire vraie. Ryan est quelque part en Normandie, on ne sait pas où. Il a été parachuté peu avant le débarquement. On ne sait même pas s’il est vivant.

On peut avoir de grosses réserves sur le film pour sa vision très « américano-américaine » de cet épisode de la seconde guerre mondiale. D’ailleurs le film s’ouvre et se ferme par un plan sur le drapeau américain. On peut aussi reprocher à Spielberg des personnages très caricaturaux : dans la troupe de Tom Hanks, il y a évidemment un arrogant, un imbécile, un intello, un pleutre : leur psychologie semble avoir été esquissée au char d’assaut. Mais il reste la scène d’ouverture, tellement éprouvante, qui prend tout son sens quand démarre cette quête du soldat Ryan. Pourquoi envoyer huit soldats risquer leur peau pour en sauver un seul ? Cette question morale est au cœur du film. Quelle est, au fond, la valeur d’une vie ? Au milieu de cette boucherie atroce, où plus rien n’a de sens, on tente de retrouver la valeur d’une simple vie humaine. 

« Il faut sauver le soldat Ryan », avec Tom Hanks et Matt Damon : jeudi 6 juin sur France 3 à 21h. 

  • Légende du visuel principal: Steven Spielberg et Tom Hanks sur le tournage de "Il faut sauver le soldat Ryan", 1998. © Getty / Fotos International / Contributeur
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