Un remarquable documentaire, disponible en replay sur France 2, donne la parole à des femmes qui ont vécu, souvent très jeunes, une relation sexuelle dont elles ne voulaient pas. Illustration implacable de la culture du viol.

Cette semaine, le collectif « Nous Toutes » a publié les résultats d’un questionnaire sur le consentement sexuel, auquel 100.000 femmes avaient répondu sur Internet. On y trouve des chiffres édifiants. Une femme sur six déclare que son premier rapport n’était pas consenti et pas désiré. Sept sur dix disent avoir déjà eu un ou plusieurs rapports alors qu’elles n’en avaient pas envie. Était-ce du viol ? Pas forcément, au regard du droit. C’est ce qu’on appelle la zone grise. Un documentaire remarquable, disponible en replay, s’est penché sur ce sujet pour France 2 : « Sexe sans consentement ». 

J'ai pas compris qu'il continue. J'ai pas compris qu'il croie que je plaisantais. Parce que je lui avais dit deux trois fois, gentiment, que je voulais rentrer chez moi. A un moment, je me suis dit : tant pis, il vaut mieux le laisser faire, puis oublier.  

Ces femmes témoignent toutes à visage découvert et racontent le contexte d’une relation forcée. L’une d’elles parle de toutes ces voix qui se bousculaient dans sa tête : maintenant que je suis chez lui, je suis obligée de céder, une fois qu’on s’est embrassés, impossible de dire que je n’ai pas envie... Il y a aussi la peur de passer pour une fille coincée. Toutes ont beaucoup de recul sur cette expérience, elles ont fait du chemin depuis. Leurs récits sont une illustration parfaite de la culture du viol : cette idée qu’une femme qui dit non à un homme ne le pense pas vraiment. 

Ce documentaire date de 2018. Blandine Grosjean et Delphine Dhilly ont commencé à travailler sur ce sujet bien avant la vague « me too ». Elles avaient senti que le seuil de tolérance, en la matière, avait changé. Qu’on ne voyait plus de la même manière la frontière entre « insister lourdement » et « forcer ». Certaines des femmes qui témoignent, d’ailleurs, définissent clairement ce qu’elles ont subi comme un viol. Il y a un point commun, frappant, entre leurs témoignages par ailleurs très différents : toutes, elles n’ont pas bougé, pendant. Elles étaient comme pétrifiées.

Une nana qui ne bouge pas, c'est un mécanisme de défense. Personne ne leur a dit, aux mecs, que c'était pas bon signe. Si la meuf ne parle plus, si elle est comme morte, si elle ne répond pas, ça veut dire qu'il faut arrêter tout de suite ! 

Comment faire évoluer les choses ? Par l'éducation, sans doute. Je sais ce que pensent une partie des gens qui nous écoutent : qu’il n’y a rien de moins érotique que le consentement explicite. Et pourquoi ne pas utiliser une application pour être sûr que les deux partenaires sont d’accord, avant de coucher ensemble, tant qu'on y est, comme ça existe dans certains pays ? Eh bien la réponse est dans la nuance et la complexité que ce film ne fuit jamais. Pourquoi ce ne serait pas érotique, de dire les choses ? D’ailleurs, l’une de celles qui sont interrogées estime que les femmes doivent apprendre à dire oui. Ne pas avoir honte d’avoir envie, et le dire. Et tant pis pour le stéréotype de la salope, de l’allumeuse. Assumer son désir, c’est le point de départ d’une sexualité joyeuse et saine. Peut-être que si toutes les femmes osaient dire oui plus franchement, il y aurait moins de malentendu quand elles disent non. Tout cela est affaire de représentation. Et la télévision, en la matière, a un rôle à jouer. Voilà pourquoi ce documentaire est indispensable.

« Sexe sans consentement ». Documentaire de 52 minutes, disponible en replay sur le site de France 2.

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  • Légende du visuel principal: Blandine Grosjean et Delphine Dhilly ont commencé leur enquête bien avant les mouvements "me too" et "balance ton porc". © France Télévisions
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