Cette comédie dramatique de 1974 fait le récit d'une amitié entre trois hommes, trois anciens compagnons de maquis. Amitié malmenée par l'amour et par des idéaux politiques qu'on choisit de trahir, ou pas. "Nous voulions changer le monde, c’est le monde qui nous a changés."

Voilà un film qui ne fait jamais le même effet selon l’âge que l’on a quand on le regarde. Parce que c’est une histoire qui se déroule sur trente ans et qui pose en toute simplicité, en toute humanité, une question bien compliquée : que signifie réussir sa vie ? Il n’est pas question de réussite sociale mais des rêves auxquels on accède, ou pas. "Nous nous sommes tant aimés", comédie dramatique d'Ettore Scola sortie en 1974, est diffusée le 7 avril à 21h15 sur C8. Prière de ne pas rater ce chef d'œuvre.

Carré amoureux

C’est l’histoire d’un carré amoureux. Eh oui, ça change un peu des triangles ! Trois hommes et une femme : Antonio, Gianni, Nicola et Luciana. Les trois hommes sont devenus amis pendant la guerre, dans le maquis. Ils étaient résistants. Mais la vie va se charger de les éloigner. Tous les trois, chacun à sa manière, sont amoureux de Luciana et rien n’est simple, mais je n’en dirai surtout pas trop. A vrai dire, ce n’est pas seulement l’amour qui chahute cette amitié : ce sont aussi les idéaux politiques. Ces hommes de gauche, ces anciens partisans, seront-ils fidèles à leurs principes ? Feront-ils des compromis, pour une vie plus confortable ? 

De beaux souvenirs, pour le futur

L’amour et la politique sont sources de désillusions. Mais c’est aussi la capacité de l’être humain à être heureux, tout simplement, qui est interrogée. Le scénario est d’une intelligence et d’une finesse immenses. On y trouve de nombreuses répliques marquantes. Par exemple celle-ci. Nicola et Luciana se rapprochent, à un moment de leur vie où tous les deux vont mal. Ils vivent une histoire éphémère. Et Nicola dit à Luciana : 

Plutôt que poursuivre un bonheur impossible, mieux vaut se préparer de beaux souvenirs, pour le futur. Comme ce soir. 

Ensuite, son fauteuil s’écroule, Nicola se retrouve les fesses coincées dedans. Et voilà qui dégomme en une seconde la pensée très juste mais un peu grandiloquente qu’il vient de formuler. Le film, je crois, est ici bien résumé : il s’agit d’interroger le temps qui passe, mais avec beaucoup de légèreté et d’humour. Le film alterne entre le noir et blanc et la couleur pour montrer les décennies qui s’écoulent. 

« Nous nous sommes tant aimés » est une histoire de combats perdus et de désillusions. La mélancolie règne, mais la dérision n’est jamais loin. Ettore Scola filme ces personnages avec une tendresse infinie. On a de l’empathie pour chacun, jusque dans ses pires défauts. Le casting est parfait : Nino Manfredi, Vittorio Gassman, Stefano Satta Flores et Stefania Sandrelli. Ce film, au passage, est une déclaration d’amour au cinéma. On y croise, par exemple, Mastroianni et Fellini en plein tournage de « la dolce vita ». Nicola, un soir d’ivresse, rejoue la scène mythique du landau dans « le cuirassé Potemkine ». Ettore Scola rend hommage à des monuments du septième art, dans un film qui en est un, lui aussi.  Impossible d’oublier la réplique la plus célèbre, gorgée de nostalgie : 

Nous voulions changer le monde, c’est le monde qui nous a changés. 

« Nous nous sommes tant aimés » (durée 2h04), d’Ettore Scola : mercredi 7 avril sur C8 à 21h15.  

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  • Légende du visuel principal: Nino Manfredi, Vittorio Gassman et Stefano Satta Flores dans "C'eravamo tanto amati" ("Nous nous sommes tant aimés", 1974). © AFP / Dean Film, La Deantir, Delta / Collection ChristopheL
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