Chaque épisode démarre par un gros plan et prend de plus en plus de hauteur, pour terminer par des images satellites. Cette formidable série documentaire montre l'empreinte indélébile que laisse l'homme sur la planète.

Les fermes circulaires d'Arabie Saoudite, arrosées en continu dans un pays désertique.
Les fermes circulaires d'Arabie Saoudite, arrosées en continu dans un pays désertique. © Dezoom / Sandl / Arte

C’est un peu « la terre vue du ciel » en version trash. Vous vous souvenez sans doute de ce livre de Yann Arthus-Bertrand, publié il y a vingt ans, immense succès de librairie : des photos qui nous montraient les merveilles de la Terre vues d’en haut. La formidable série documentaire que je vous recommande ce matin, "Dezoom" (à voir sur le site d'Arte) repose sur un procédé similaire, mais pour montrer les empreintes indélébiles que l’homme laisse sur la planète. Il y a dix épisodes au total, chacun dure entre trois et quatre minutes. A chaque fois, on part d’un plan serré, quelque part dans le monde, et puis on dézoome, on élargit le champ de vision, pour aboutir à des images prises par satellite. 

Un plan séquence pour prendre de la hauteur

L’un des épisodes, par exemple, nous conduit à Almeria, en Espagne. Première image : on voit le visage d’un homme, dans ce qui ressemble à une nature luxuriante. Zoom arrière : on comprend qu’il est en train de cueillir des concombres. Zoom arrière : on réalise qu’il n’est pas la jungle, mais en train de travailler sous une serre. Et puis la caméra prend de la hauteur et on s’aperçoit que cette serre fait partie d’un immense alignement de serres sur des centaines de kilomètres carrés. On passe ensuite aux images satellites, avec l’alignement très spectaculaire de tous ces rectangles blancs, au sud de l’Espagne, avant d’élargir encore pour voir toute l’Espagne. Et cette petite tache blanche tout au sud du pays, en Andalousie, prend soudain une ampleur particulière.  

Il n’y a pas de voix off, pas de commentaire, juste de la musique. Une musique électro spécialement composée pour l’occasion et qui donne l’impression d’être pris dans un engrenage infernal. Pas de commentaire, mais un peu de texte à la fin de chaque épisode. Des données chiffrées. Almeria, ce sont 480 kilomètres carrés de serres (soit cinq fois la surface de Paris). 500.000 tonnes de concombres par an sont envoyés dans toute l’Europe, été comme hiver. Cette méga-ferme produit, à elle seule, la moitié de notre consommation hivernale de concombres. Ou comment raconter, en quelques chiffres, le désastre écologique que représente notre consommation de légumes au mépris des saisons.

Les autres épisodes sont tournés dans d’autres pays. On découvre une ville d’Arizona plantée en plein désert, où vivent surtout des retraités, avec d’innombrables golfs d’un vert flamboyant. On va aussi en Allemagne, dans une mine de charbon à ciel ouvert. Sans oublier la déforestation amazonienne et une montagne de déchets à New Delhi. Avec, à chaque fois, le même dispositif : on filme d’abord au sol, puis on s’envole grâce à un drone et les dernières images sont fournies par Google Earth. Tout cela est si finement assemblé qu’on a l’impression de voir un seul et unique plan séquence, d’une grande fluidité. 

Fermes circulaires dans le désert

Les images sont terriblement belles, tragiquement belles. Cela crée un effet de malaise efficace : on est saisi par la beauté de ces ronds verts vus du ciel... Mais ces ronds verts sont des fermes circulaires en Arabie Saoudite. Des champs d’exploitation arrosés en continu, dans un pays les plus arides au monde. Même chose pour le plus grand parking d’Europe, à Sheerness. Dans ce port de Grande Bretagne, des milliers de voitures sont stockées avant d’être vendues. L’alignement de ces innombrables bagnoles crée un effet visuel sublime. Et c’est l’occasion d’apprendre que 36 voitures par minutes sont fabriquées en Europe. 36 par minute. Là encore, juste un chiffre à la fin de l’épisode, qui donne envie d’en savoir plus sur notre frénésie de consommation. C’est d’ailleurs tout le mérite de cette série : grâce à des images spectaculaires, très soignées, elle donne envie d’aller se renseigner sur tel ou tel sujet. La beauté des images est au service de la prise de conscience écologique.  

« Dezoom » : une série signée Simon Bouisson et Ludovic Zuili. Dix épisodes de 3 à 4 minutes. A voir sur le site d’Arte. 

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