"Macron président, la fin de l'innocence" : documentaire de Bertrand Delais à voir lundi 7 mai sur France 3. Un film qui manque clairement de distance critique mais offre un regard intéressant sur le poids des symboles dans l'exercice du pouvoir macronien.

Encore un documentaire sur le premier anniversaire de Macron à l'Elysée. Celui-là diffusé sur France 3. Pourquoi mérite-t-il le détour ? Parce que c'est l'occasion de savoir si Bertrand Delais est bien un soutien du chef de l'Etat, comme beaucoup le pensent. L'auteur de ce documentaire est en effet le tout nouveau patron de la chaîne parlementaire, et sa nomination a fait grincer des dents : on aurait mis un journaliste Macron-compatible à la tête de LCP.

Verdict? Ce film est une hagiographie. Emmanuel Macron, qui a accordé plusieurs longs entretiens à Bertrand Delais, revient sur les événements qui ont marqué la première année de son mandat et en explique le sens. En voix off, on insiste sur le "changement d'époque" qu'il impose dès le soir de son élection, sur sa "détermination à enchainer les réformes", sur son extraordinaire intuition politique et sur la gravité que l'habite depuis qu'il est président  - c'est d'ailleurs le sens du titre de ce documentaire : "Macron président, la fin de l'innocence". Autant dire qu'on le déconseille à ceux qui ont des réserves à l'égard du chef de l'Etat, cela risque de les agacer un peu !

Non allez, j'exagère : il y a bien quelques nuances, car Bertrand Delais donne la parole à Iannis Varoufakis, notamment. L'ancien ministre des finances grec a des mots très durs sur la vision de l'Europe portée par le président français. On entend aussi des observateurs, des journalistes, expliquer qu'Emmanuel Macron a été maladroit au moment de la crise avec le chef d'état major des armées, l'été dernier. Mais ce n'est pas franchement ce qui prend le plus de place dans le film. Et puis il y a ce passage qui devrait faire réagir. Emmanuel Macron évoque le gendarme Arnaud Beltrame, mort lors de l'attentat de Trèbes.

Le colonel Beltram est mort parce que la France, ce sont des idées, des valeurs, quelque chose d’une guerre qui le dépasse. Les gens qui pensent que la France, c’est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, une République dont on ne connait plus l’odeur et qu’on invoque la tragédie dès qu’il faut réformer ceci ou cela et qui pensent que le summum de la lutte c’est les 50 euros d’APL, ces gens-là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays. L’histoire de notre pays, c’est une histoire d’absolu, c’est un amour de la liberté au-delà de tout, c’est une volonté de l’égalité réelle.

Voilà qui devrait plaire à tous ceux que la baisse des APL avaient choqué ! D'ailleurs c'est amusant parce que Julien Denormandie, secrétaire d'état à la cohésion des territoires, a déclaré hier que cette baisse était une "mauvaise décision". 

Les valeurs de la France évoquées à l'instant sont en tout cas au cœur de ce documentaire. Le sujet de ce film, au fond, c'est le poids du symbole dans l'exercice du pouvoir macronien. 

Il m'offre surtout l'occasion de vous révéler l'une de mes passions secrètes. Vous allez vous moquer, mais tant pis. J'aime les figure de style. J'aime ces mots compliqués qui désignent un procédé littéraire. Anaphore, zeugma, métonymie, synecdoque, anacoluthe, chiasme, et j'en passe. Dans ce documentaire, j'en ai appris une nouvelle : l'hypotypose ! Le discours de Macron aux obsèques de Johnny Hallyday, nous explique une écrivaine qui, là encore, semble très fan du chef de l'Etat, était une hypotypose. Figure de style consistant à décrire une scène de manière si précise, si frappante, qu'on croit vivre cette scène. Dans son discours, Emmanuel Macron a fait revivre un concert de Johnny. Presque de quoi lui redonner vie ! Rien que pour ce joli mot, hypotypose, je vous recommande ce documentaire dont la première qualité n'est pas la distance critique. Euphémisme (figure de style).  

"Macron président, la fin de l'innocence", ce soir à 20h55 sur France 3. Durée 1h30.

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