Chaque année, dix mille agriculteurs abandonnent leur métier, souvent étranglés par les dettes. Ghislaine Buffard filme leur vie d'après. Entre soulagement et culpabilité, ils racontent leur reconversion. Un documentaire salutaire à voir sur France 5.

Un vaste plan social vide silencieusement nos campagnes. Chaque année, en France, 10.000 paysans jettent l’éponge avant l’âge de la retraite. Les prix qui dégringolent, les dettes qui s’accumulent : ils abandonnent l’agriculture. France 5 diffuse ce mardi 7 mai un documentaire poignant et passionnant sur leur vie d'après. La caméra suit par exemple Stéphane, éleveur laitier, dans la salle de traite pour la toute dernière fois.

On a passé des heures ici, des heures à traire. Quatre heures le matin, quatre heures le soir... pour rien. Une ferme de moins en France. C'est pas un producteur qui a envie d'arrêter le lait, c'est un producteur qui ne peut pas continuer. C'est dur, c'est très dur. 

L’auteure de ce documentaire, Guislaine Buffard, est elle-même fille d’agriculteurs. Sans doute cela a-t-il aidé à faire parler celles et ceux dont elle brosse le portrait, qui se livrent avec une grande sincérité. La force de ce film, son originalité, c’est de montrer l’après : la reconversion. 

Profil recherché sur le marché de l'emploi

Celle de Guillaume, par exemple. Épuisé et étranglé par les dettes, cet éleveur laitier a décidé de tout arrêter il y a six ans. Ce fut très compliqué, parce que la ferme était dans sa famille depuis trois générations. La honte et la culpabilité pesaient très lourd. Et puis il a trouvé du travail. Il est devenu chauffeur livreur de panneaux isolants, pour le bâtiment. Certaines manœuvres avec le charriot élévateur ou la grue lui rappellent un peu le tracteur ! Et ce n’est pas rien d’entendre le patron de Guillaume expliquer à quel point il est satisfait de l’avoir embauché. 

Le profil d'agriculteur est plutôt recherché dans nos professions. Ce sont des gens qui savent régler les problèmes, des gens de terrain. En tout cas, je le sens chez Guillaume : il est autonome et n'est pas sans arrêt à m'appeler pour me dire "je fais comment, là?" 

Guillaume, que l'on devine taiseux, dit sa fierté d'être apprécié par son employeur : "ça fait redresser le dos et sortir le torse, un peu." Aujourd’hui, il gagne sa vie et il a retrouvé une vie de famille. Les agriculteurs ont de nombreuses qualités à valoriser sur le marché de l’emploi. L’autonomie, la polyvalence, la débrouillardise, et j’en passe. Même si évidemment, la reconversion est loin d’être évidente pour tous. 

C’est plus compliqué, notamment, pour les femmes. C’est ce qui se dégage de ce documentaire. J’ai été bouleversée par le témoignage de Claire, éleveuse laitière elle aussi. Claire était complètement à bout. Elle explique clairement qu’elle a pensé au suicide. Elle avait trouvé la corde et l’échelle. Elle comptait faire ça dans la salle de traite, pour le symbole. Et puis heureusement, u un arrêt de travail après un burn-out. Ce fut l’occasion de prendre le temps de réfléchir, de réaliser qu’elle pouvait faire autre chose. Aujourd’hui, elle a retrouvé un emploi de formatrice à la chambre d’agriculture. 

Vocation sacrifiée

Voilà un documentaire qui sera sans doute très utile à ceux qui n’osent pas franchir le pas. Même si - et c’est important – le propos n’est pas du tout de dire qu’il n’y a pas d’avenir dans ce métier. On voit par exemple l’ancien associé de Guillaume, qui a gardé la ferme et pour qui les choses vont de mieux en mieux depuis qu’il est passé en bio. Le plus émouvant, dans tous ces témoignages, c’est la honte d’abandonner ce qui était, bien plus qu’un simple métier, une identité. Beaucoup, après, ressentent un vrai soulagement mais gardent un regret : celui de leur vocation sacrifiée. 

« Après l’agriculture » : mardi 7 mai à 21h sur France 5, suivi d’un débat animé par Marina Carrère d’Encausse. 

  • Légende du visuel principal: La reconversion des agriculteurs © Getty / Hero Images
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