Radiographie d’un succès mondial. Ce soir sur Arte, Elena Ferrante racontée par ses éditeurs, par ses fans (notamment l’écrivain américain Jonathan Franzen) et par elle-même. Car si la romancière se cache derrière l'anonymat, elle répond à des interviews par écrit.

Je suis en manque. Je viens tout juste de terminer la dernière dose et je sais qu’il n’y en aura plus désormais. J’ai fini de lire le quatrième et dernier tome de L’amie prodigieuse, le roman d’Elena Ferrante ! Il parait que je ne suis pas la seule toxico : le roman en quatre tomes de cette mystérieuse Italienne est un l’un des succès de librairie les plus spectaculaires de ces dernières années. 

Un roman addictif

Je suis incapable de dire pourquoi cette saga est aussi addictive, mais j’ai tout dévoré d’une traite. Pour être plus précise, j’ai eu un peu de mal à entrer dans le premier tome, mais une fois que les personnages, ces deux petites filles nées à Naples dont Ferrante raconte la vie, sont devenues mes amies, impossible de lâcher le bouquin. Quitte à lire en marchant !

Je m’adresse à tous les lecteurs de Ferrante qui ressentent, eux aussi, un grand vide : on fait quoi, maintenant? Eh bien on attend la série télé, dont le tournage a déjà commencé. Une coproduction entre la RAI italienne et les Américains de HBO, qui doit être diffusée autour de Noël sur Canal Plus. Mais avant cela, il y a Arte ce soir. Un documentaire diffusé à 22h25 : « la prodigieuse Elena Ferrante ». 

Naples et la relation mère-fille

Je le conseille surtout aux fans, parce que ce documentaire n’est pas exceptionnel sur la forme, un peu trop chronologique et illustré avec des dessins d’animation tristounets. Mais il permet d’entendre la parole de Ferrante. Car si la romancière a choisi de rester anonyme depuis la publication de son premier roman en 1992, si elle apparaît jamais à la télé ou en public, elle assume tout de même une parole publique : elle répond à des interviews par écrit, elle tient une chronique dans le Guardian. Et elle a publié en 2016 un recueil de lettres et de textes autobiographiques qui n’est pas encore sorti en France. Le documentaire s’appuie en grande partie sur ce texte. On comprend mieux ce qui passionne la romancière : la relation mère-fille, la ville de Naples (car le décor prend une place très importante dans l’intrigue, Naples et son dialecte sont au cœur du récit). Et à ceux qui voient dans son anonymat un joli coup marketing, voilà ce qu’elle répond : 

Ce n’est pas mon absence qui génère de l’intérêt pour mes livres. C’est l’intérêt pour mes livres qui génère une attention médiatique autour de mon absence.

Le documentaire donne aussi la parole à ses éditeurs et à quelques fans célèbres : Roberto Saviano, réalisateur de Gomora. Mais surtout Jonathan Franzen, grand écrivain américain (auteur de Freedom et des Corrections) qui s’est pris de passion pour la plume de Ferrante. Franzen a une « impression de pure spontanéité » dans L'amie prodigieuse. Il voit surtout l’histoire d’une émancipation : celle d’une petite fille d’un quartier pauvre de Naples qui décide d’étudier d’arrache-pied pour changer de milieu. Il faut le voir raconter qu’il a pleuré en lisant le passage où on comprend le titre du livre, « l’ami prodigieuse », c’est très émouvant. 

Encore une clé pour comprendre pourquoi ces quatre livres ont séduit des lecteurs dans le monde entier (et notamment Michèle Obama, qui a succombé à la "Ferrante fever"). 

Les choses les plus difficiles à raconter sont celles que nous n’arrivons pas nous-même à comprendre. Ceci est à la base de chacun de mes livres.

C’est sans doute parce que la narratrice parvient à mettre des mots sur ce qu’elle-même ne comprend pas qu’elle touche ses lecteurs en plein cœur.

« La prodigieuse Elena Ferrante ». Documentaire de Giacomo Durzi. Mardi 6 mars sur Arte à 22h25. Rediffusion le 10 mars à 5h35. Disponible sur Arte.tv

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