Dans le premier film du chanteur, on voit Jean Rochefort, Alain Souchon, ou Aloïse Sauvage, mais aussi beaucoup d'anonymes. Des gens qui racontent des souvenirs. C'est tout? Oui, c'est tout. Et ça dit tout. Un documentaire sensible sur la mémoire, l'intime et ce qui nous lie aux autres.

C’est une première pour le chanteur, sa première fois en tant que réalisateur. Le film de Vincent Delerm est sorti au cinéma à l’automne, il est diffusé ce mercredi 8 janvier sur Arte (et déjà disponible sur le site de la chaîne). Que j’aime ce titre ! « Je ne sais pas si c’est tout le monde. » Délicieuse façon d’interroger cette façon que nous avons de vivre à côté des autres sans être certains de jamais les comprendre. 

L'essentiel et le dérisoire

Alors vous me direz, il parle de quoi ce film ? Et c’est là que ça se complique. Parce qu’il parle de tout et de rien. Il dit l’essentiel, qui est dérisoire. Un exemple. Vincent Delerm se souvient très bien du disque qu’il a écouté la veille de sa rentrée au lycée de Bernay. Premier jour de seconde, l’angoisse et l’impatience. Et dans sa chaîne hifi : « Ultra moderne solitude », d’Alain Souchon. Il avait cette impression un peu floue que c'était la dernière musique de l'enfance. Il se souvient de la pochette de l'album, on y voyait un soleil couchant. Des années plus tard, Delerm a rencontré Souchon, lui a parlé de cet album, et là il a découvert que ce n'était pas un soleil couchant sur la pochette, mais un feu rouge en gros plan. Et c'est tout? Oui, c'est tout. C'est juste une anecdote de rien du tout, mais qui raconte tellement. Il est des souvenirs qui font de nous ce que nous sommes. C’était la veille du lycée, les habits étaient prêts pour le lendemain matin, il a écouté ultra moderne solitude. Moi, j'ai été touchée par cette histoire de feu rouge soleil. Peut-être le serez-vous par une autre. Car ce film n’est fait que de ça, des souvenirs : ceux de Vincent Delerm, mais aussi ceux de Jean Rochefort (dont ce fut le tout dernier tournage), de Vincent Dedienne, ou encore de la chanteuse Aloïse Sauvage.

Des carnets, le panorama d'une vie

Mais on y voit aussi des anonymes. Et notamment ce monsieur qui garde tous ses agendas. Chaque jour, il note ce qu’il s’est passé. Tous les jours, toute l’année. 

Quand j'étais étudiant, je partageais un appartement avec un copain qui avait la mémoire des dates. Moi, je me souviens très bien des sensations, des couleurs, des gens, mais pas des dates. Alors je le sollicitais tout le temps. Un jour il m'a dit de noter, pour avoir des repères quand on ne partagerait plus le même appart ! Donc j'ai commencer à noter comme ça. Et puis quand tu ne le fais pas, il manque quelque chose... J'ai commencé en 1978. Au bout de 40 ans, tu as 40 carnets, 40 ans de vie. 

Et on aperçoit le panorama d'une vie. Echo au dernier album de Vincent Delerm, « Panorama ». C'est quoi, une vie? On fait quoi dans une vie? La réponse est là, dans ces carnets ! Elle est touchante, cette envie de vouloir retenir les choses, le temps, les gens... « Cette manière que nous avons de ne pas savoir pourquoi. Pourquoi cette vie-là, cette trajectoire-là. Le sens à donner à tout ça », dit Vincent Delerm. Il en profite pour exhumer et mettre en musique une précieuse archive : c’est Marceline Loridan, en 1960, qui demande à des passants dans la rue s’ils sont heureux... 

J'ai eu du bonheur, j'ai eu du malheur, j'ai eu un petit peu de tout dans ma vie : ça ne peut pas être autrement hein, faut bien partager un peu.

Il y un mot qui va très bien à ce film. Ce mot, d’habitude, n’est pas un compliment, mais là si : il est inégal. Parce que chacun ira glaner ce qui lui parle à lui, dans ce collage impressionniste, dans ce kaléidoscope pétri de douce nostalgie. J’aime autant vous prévenir : vous risquez, une fois le film terminé, d’avoir envie de prendre un petit carnet, pour retenir dans un filet ce que vous ne voulez pas laisser filer. Et de traquer la poésie partout où elle se trouve. 

"Je ne sais pas si c'est tout le monde", de Vincent Delerm. Mercredi 8 janvier sur Arte à 22h30, ou quand on veut sur le site d'Arte.

  • Légende du visuel principal: Jean Rocherfort est l'une des personnalités qui se livrent dans ce film très touchant. Ce fut le dernier tournage de l'acteur, mort en 2017. © Tôt ou Tard / Arte
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