Le journaliste Andreï Vaitovich a filmé clandestinement les manifestations, les arrestations, les intimidations. Depuis l'été 2020, la Biélorussie connait une contestation sans précédent contre le dictateur Alexandre Loukachenko. Ce documentaire, aussi courageux que nécessaire, est à voir sur LCP ce mardi 8 juin.

Manifestation à Minsk, été 2020.
Manifestation à Minsk, été 2020. © France TV Studio / LCP

Depuis l’été dernier et le nouveau mandat d'Alexandre Loukachenko, on le sait, des manifestations ont été très violemment réprimées. Un documentaire permet de vivre, de l’intérieur, ce que signifie militer pour la démocratie, dans ce petit pays entre la Russie et la Pologne. LCP diffuse le mardi 8 juin à 20h30 un documentaire intitulé « Razam, un roman bélarus ». « Razam » signifie « ensemble » en biélorusse.

Celui qui nous raconte s’appelle Andreï Vaitovich : ce journaliste biélorusse vit en France depuis plusieurs années. Il a 27 ans, autrement dit il n’a jamais connu personne d’autre que Loukachenko au pouvoir dans son pays. 

Un courage qui impressionne

Il n’aurait raté pour rien au monde ce rendez-vous avec l’histoire. Il filme de façon clandestine, il montre la violence des forces anti-émeute, les coups, les intimidations. Et il donne la parole à de jeunes activistes dont le courage impressionne. Des étudiants qui surmontent la peur. Les arrestations sont monnaie courante. Et quand l’un d’eux disparait, on voit les autres étudiants se démener pour retrouver sa trace, faire le pied de grue devant la prison où il est incarcéré et sans doute violenté.

Certains sont tentés de fuir le pays. La question est au cœur du documentaire. Le journaliste, lui-même, a fui puisqu’il vit en France. Certains des jeunes militants estiment que choisir l’exil, ce serait trahir leur pays. Mais on en voit qui changent d’avis, au fil des mois, et se résolvent à partir. Andreï Vaitovich filme aussi sa propre grand-mère, obligée de quitter ce pays où elle a vécu 70 ans, direction la Lituanie. Parce que son petit-fils est journaliste, cette femme que l’on voit chez elle, en train de cuisiner, est menacée. Elle raconte, une fois installée à Vilnius, le soulagement de vivre libre et l’immense tristesse d’être privée de ses racines.

On fait aussi la connaissance de Kiryl, un garçon de 20 ans qui était de toutes les manifs à Minsk. Il a perdu un ami, qui est mort après avoir été roué de coups par les forces de l’ordre. Kyril a fui la Biélorussie, il vit désormais en Pologne. Et dans une séquence qui serre le cœur, il dit sa colère contre tous ceux, parmi ses compatriotes, qui ne manifestent pas, qui ne bougent pas contre la dictature biélorusse. Que leur faut-il de plus que des morts ? Un autre étudiant, assis à côté de lui, tente de le consoler :

Kiryl, tu te rends compte de ce que nous sommes en train de faire, là tout de suite ? Andreï, ce journaliste, raconte notre histoire. Cette caméra montre nos visages ! On doit dire au monde occidental : regardez l’horreur qui se passe chez nous ! Le plus grand ennemi du crime, c’est la transparence.

Cet homme a raison. Voilà un film indispensable car il documente la réalité d’une dictature. Celle d’un pays où informer est un crime et où 27 journalistes sont actuellement en prison.  

« Razam, un roman bélarusse », documentaire d’Andreï Vaitovich (52 minutes) : mardi 8 juin sur LCP à 20h30. Le film sera suivi d'un débat animé par Jean-Pierre Gratien. 

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