Si on l'a déjà vu 100 fois, pourquoi ne pas succomber à une 101ème ? Le mythique "Dirty Dancing" d'Emile Ardolino passe dimanche 10 mai sur TF1, l'occasion d'étudier son féminisme avant-gardiste et de redécouvrir ses répliques délicieuses...

 "On ne laisse pas Bébé dans un coin", on danse avec elle !
"On ne laisse pas Bébé dans un coin", on danse avec elle ! © Splendor Films

Carton d’audience assuré dimanche pour TF1 avec Patrick Swayze et Jennifer Grey. Je sais les puristes disent Swayzi, mais moi je dis Swayze depuis les années 90, je ne vais pas changer aujourd’hui. Le scénario de ce film sorti en 1987 tient sur un post-it : une jeune fille sage de bonne famille passe son été dans un club de vacances et tombe amoureuse du prof de danse peu fréquentable, grâce à qui elle découvre son corps sur des rythmes sensuels. Dirty Dancing est d’abord un excellent film de danse. D’ailleurs le chorégraphe, Kenny Ortega, a ensuite travaillé pour Michael Jackson et Madonna, entre autres. C’est le film qui a déringardisé le mambo et le chachacha des décennies avant « Danse avec les stars ». 

Bébé, héroïne féministe

Mais si j’ai envie de le re-re-revoir, c’est surtout pour y jeter un regard du 21ème siècle. « Dirty Dancing a-t-il fait de nous des féministes ? » : la question est posée par le site Cheek Magazine et elle est passionnante. Certes, l’héroïne de ce film se fait appeler « Bébé », surnom paternaliste s’il en est. Certes, elle se réalise grâce à un homme : voilà encore une fiction - comme Pretty Woman - qui a vendu à une génération de filles le mythe du prince charmant et de la femme sauvée par un homme. Mais il y a un gros mais : c’est l’histoire d’une libération sexuelle, avec la danse pour métaphore. C’est l’histoire d’une femme qui apprend à assumer son désir, en faisant fi des opinions autour. Et puis, comme le remarque Myriam Levain, la journaliste de Cheek, le physique de Jennifer Grey ne correspond pas aux normes de beauté hollywoodienne de l’époque : cette femme petite, aux cheveux bouclés, au visage singulier est d’une beauté renversante. Elle crève l’écran, surtout dans la fameuse scène du porté, quand Bébé s’élance dans les bras de Johnny.

De la VO à la VF, il n'y a qu'un cheval sauvage

Là encore, on peut y prêter un regard neuf. J’ai appris en lisant le magazine Première les libertés ahurissantes qu’on pris les traducteurs pour la version française. Traduire, c’est trahir, bien sûr. Mais rarement à ce point. Prenez par exemple cette phrase célèbrissime : 

Tu n'as pas besoin de courir le monde après ton destin comme un cheval sauvage.

Eh bien vous savez ce qu’elle disait, en version originale? "It doesn’t have to be that way" : "ça n’a pas à se passer comme ça". Rien à voir ! Pas le moindre cheval sauvage. "La quasi-totalité des répliques anthologiques du film sont en réalité de pures inventions des traducteurs français", écrit Frédéric Foubert dans Première. Même chose pour cette autre réplique savoureuse, qui est un cabotinage des traducteurs : 

Ce n’est quand même pas un crime de porter une pastèque.

L’auteur de la VF a revendiqué sa liberté d’invention. Il a choisi d’introduire un peu de second degré afin de ne pas tomber dans la bluette insipide. Résultat, on est en droit de dire que la VF a fait de ce film un nanar. Mais un délicieux nanar ! Je me suis renseignée auprès de TF1, le film sera disponible en VF ou en VO, ce dimanche 10 mai : faites votre choix. Pour ma part, je ne peux pas trahir l’adolescente que j’étais et je vote "cheval sauvage". Mais rassurez-vous, l’essentiel est sauf, il y a une réplique tellement puissante que les petits malins de la VF n’ont pas trouvé mieux : "Nobody puts Baby in a corner"...

On ne laisse pas Bébé dans un coin.

Dirty Dancing : à voir dimanche 10 mai sur TF1 à 21h

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.