La saison 2 de cette formidable série documentaire est disponible sur le site d'Arte. Régis Brochier débusque la poésie dans des dialogues ratés et dans des effets spéciaux calamiteux. Quel bel hommage au cinéma !

Avant toute chose, une précision sémantique. Attention à bien distinguer le nanar du navet. Le navet est un mauvais film. Le nanar un film mauvais mais drôle. Voilà une série documentaire revigorante. Nanaroscope est une websérie à voir sur le site internet d’Arte et qui rend hommage aux films ratés. La saison 2 est disponible depuis cette semaine. Chaque épisode dure 7-8 minutes et rend justice à un film catastrophique, tellement raté qu’il est devenu culte. La série est signée Régis Brochier, un homme qui du navet fait profession puisqu’il est aussi le créateur du site internet “Nanarland”.

Les nanars racontés par ceux qui y étaient

Ce qui est génial, c’est que même si on trouve drôle et passionnant de décortiquer les nanars, on n’a pas envie d’y consacrer des heures en regardant les films en question ! Eh bien c’est inutile : “Nanaroscope” vous montre les scènes les plus emblématiques et propose une analyse souvent très fine, en s’appuyant sur le témoignage de ceux qui en étaient : les comédiens, les réalisateurs, les producteurs de ces films ratés !

Mega Force, un "flopbuster"

La plus belle pépite s'intitule Mega Force : un film américain sorti en 1982, qui fait partie du club très fermé des nanars à gros budget. Il a coûté 20 millions de dollars, soit plus que la Guerre des Etoiles ! C’est l’histoire d’une bande de policiers en combinaisons moulantes qui se battent, sur des motos high-tech en plein désert, contre les troupes d’un dictateur communiste. A ce niveau de ridicule, on touche au sublime. 

Et là c’est le comédien qui jouait dedans à l’époque qui parle ! Il y a donc des motos qui volent, dans Mega Force, et le moins qu’on puisse dire c’est que le réalisateur ne s’est pas dépensé sur les effets spéciaux au charme... naïf. On se demande vraiment où est passé le budget colossal. Peu importe : l’objectif, c’était de vendre des objets dérivés, des jouets inspirés du film. Mega Force marque un tournant dans l’histoire du cinéma hollywoodien : c’est la première fois que l’ambition marketing précède l’intention artistique, au point de la tuer complètement. 

Karaté contre mafia

Un film espagnol m'a tapé dans l’œil aussi : Karaté Versus Mafia. Le plus gros ratage de l’histoire du cinéma espagnol. Un film de karaté tourné dans les années 80 aux Canaries, mais déguisé en un film chinois venu de Hong Kong. Le business plan est magique : on constate que les Espagnols aiment les films de kung-fu, alors on fait pareil. Même le générique est en idéogrammes chinois ! Pourtant les comédiens parlent en espagnol. Le réalisateur, Jamon Saldias, explique sereinement qu’il a vu un seul film de kung-fu pour copier la recette, bein oui c’est largement suffisant ! On récupère tous les Asiatiques qui passaient par là, on leur donne un rôle de figuration. On maquille grossièrement un comédien espagnol en lui mettant du scotch sur les yeux pour qu’il ait l’air chinois et c’est parti, battez-vous ! Quelle pépite que ce film d’arts martiaux involontairement comique. Il y a là une telle naïveté, une telle ignorance des codes du genre, que c’en est spectaculaire.

Tendresse et poésie

Tous les films dont il est question ici ont été fabriqués au premier degré. Ce n’est pas de la parodie. Le nanar est sérieux. Et le culte que lui vouent certains aujourd’hui raconte le décalage entre les intentions du réalisateur et ce qu’on voit à l’écran. Mais ce que j’aime dans “Nanarland”, c’est que cette série documentaire raconte l’équilibre subtil entre la grâce et l’abîme. Régis Brochier a trouvé le ton juste pour en parler sans cynisme, avec beaucoup de tendresse. Il s’agit finalement de débusquer la poésie là où elle se trouve. Parce que oui, il y a beaucoup de poésie dans ces effets spéciaux ratés et dans ces dialogues calamiteux ! L’un des experts interrogés voit ces films comme des objets étranges, « des météorites qui traversent le ciel du cinéma puis qui vont s’écraser un peu plus loin. »

Nanaroscope, saison 2 : dix épisodes de 7 à 10 minutes, à voir sur le site d'Arte. 

Légende du visuel principal:
Mega Force, sorti en 1982, appartient au club très fermé des nanars à gros budget. Scénario déconseillé aux plus de 12 ans. © Arte France / Tournez s'il vous plaît
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