Un collectif, qui sillonne les quartiers populaires pour dénoncer les pannes d'ascenseur dans les immeubles HLM, dénonce un mépris social à l'égard des locataires modestes. L'émission "Envoyé Spécial" y consacre un reportage ce jeudi sur France 2.

« Envoyé Spécial » monte dans les tours. Cette semaine, l'émission d'Elise Lucet propose un reportage sur les ascenseurs dans les immeubles des quartiers populaires, en France. On y découvre un homme assez impressionnant. Un militant des ascenseurs. Il s’appelle Fouad Ben Ahmed. Le reportage commence avec lui, dans une cabine qui fait des bruits peu rassurants. Un ascenseur qui tremble, qui vibre : ce genre de frayeurs, Fouad connait par cœur. Il est employé de mairie, mais c’est sur son temps libre qu’il sillonne la région parisienne à la recherche des ascenseurs qui déraillent ou tombent en panne, pour défendre les droits des habitants. Pour cela, il a créé un collectif. Nous voici à Sevran, en Seine Saint Denis. Un immeuble de la cité des Beaudottes où rentrer chez soi est une épreuve. Cette habitante n'est même plus en colère, seulement épuisée. 

Je travaille toute la journée, comme aide soignante. Et je rentre le soir, l'ascenseur est en panne. On monte en pied. J'habite au dixième étage. Après, tu vis avec ce qu'on te donne. On se résigne...

Fouad Ben Ahmed estime que les pannes en HLM ne sont pas dues seulement à des problèmes techniques : pour lui, elles sont le résultat d’un mépris social envers les locataires modestes de ces quartiers. 

Direction Grenoble, ensuite. Là aussi, on démarre par le constat. Un habitant d’un immeuble HLM s’est filmé, à chaque panne, avec son téléphone. Et on voit que c’est très très souvent. Le bailleur, Grenoble Habitat, reconnait que les pannes sont nombreuses : il en a compté 21 au total sur l’année 2018. Mais plus d'un tiers sont liées à du vandalisme. Il en reste donc 14 qui s'expliquent autrement. Est-ce satisfaisant selon le porte parole de Grenoble Habitat ?

Ce n'est pas satisfaisant si on se met à la place de l'usager, évidemment. Satisfaisant non, mais normal. C'est inhérent au monde du logement social. On pourrait peut-être limiter le nombre de pannes en mettant en place un contrat beaucoup plus onéreux, mais qui serait en partie imputé aux locataires. 

Traduction : les locataires en HLM paient des charges peu élevées donc il est normal que leurs appareils tombent en panne... Quatorze par an, ça fait plus d’une panne par mois. Les bailleurs sociaux gèrent près de 50 000 ascenseurs en France. Chacun d’entre eux fait l’objet d’un contrat de maintenance prévoyant leur entretien régulier. La question est de savoir si les HLM bénéficient de contrat de maintenance au rabais. 

La responsabilité des ascensoristes est aussi évoquée. Un technicien, protégé par un mandat syndical, a accepté d’être suivi par une caméra de France 2 pendant une journée de travail. Il raconte les coulisses de la maintenance. Son travail est devenu une course contre la montre, chronométrée par un logiciel. Il dit ne pas avoir le temps de travailler sereinement. Malheureusement, son témoignage est un seul son de cloche, il faudrait celui de son employeur. Les entreprises Otis, Schindler, ThyssenKrupp et Koné ont refusé de répondre aux demandes d’interview d’Envoyé Spécial. 

Le reportage donne néanmoins une raison de se réjouir. Le collectif « Plus sans ascenseurs », créé par Fouad Ben Ahmed, défend les habitants en diffusant des vidéos sur les réseaux sociaux. On filme les pannes, en précisant la commune, le quartier, le nom du bailleur social et de l’entreprise chargée de la maintenance. Et dans huit cas sur dix, explique-t-il, ça marche : un appareil qui était en panne depuis des mois se met à fonctionner à nouveau, peu de temps après la diffusion de la vidéo. Comme par magie !

« Coincés dans l’ascenseur » : reportage signé Anaïs Bard, Julien Ababsa et Nils Montel, à voir jeudi 9 mai dans « Envoyé Spécial », à 21h05 sur France 2.

  • Légende du visuel principal: "Envoyé spécial" dénonce le mépris à l'égard des locataires modestes © AFP / JOEL SAGET
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.