Ce documentaire est le premier film dont Michelle et Barack Obama, via leur société de production, ont acheté les droits. Il narre le rachat d'une usine américaine par un homme d'affaire chinois et le spectaculaire choc des cultures qui en découle.

En créant leur société de production, Michelle et Barack Obama avaient promis de "faire de la politique autrement". Voici le premier résultat : "American Factory", à voir sur Netflix, relate le rachat d’une usine américaine par un milliardaire chinois. Et c'est une merveille. Sur la forme, d'abord. Dès le générique, j'ai été saisie par la beauté des images. La caméra s'attarde sur le ballets des machines et des mains qui les manipulent, sur les fours, sur les étincelles, sur chaque mouvement de la ligne de production. Des plans serrés, très rythmés qui nous plongent tout de suite au cœur du sujet.

Le soulagement des ouvriers

Nous sommes à Dayton, dans l’Ohio. En 2008, l'usine General Motors a fermé ses portes, laissant des milliers de salariés sur le carreau. Et en 2016, huit ans plus tard, le site a été racheté par Cao Dewang, un homme d’affaire chinois, qui y a installé un site de fabrication de pare-brises. Bonne nouvelle pour l'emploi, dans cette ville du Midwest américain. On est d'abord très ému, dans ce documentaire, par l'immense soulagement de ceux qui travaillaient déjà ici du temps de General Motors, qui souvent n'avaient rien retrouvé entre-temps, et qui retournent à l'usine. Sauf que les conditions ne sont pas du tout les mêmes. "J'étais payée 29 dollars de l'heure à l'époque, explique une femme qui travaille à l'inspection qualité du verre. Désormais, je suis à 13 dollars de l'heure". 

Le choc des cultures

Peu à peu, la désillusion prend toute la place. Parce que les personnels chinois et américains de l'usine ne se comprennent pas. Ce n'est pas seulement une histoire de barrière de la langue, c'est leur vision du travail qui est en jeu. Par exemple, Cao Dewang, le grand patron, n'en revient pas que certains aient l'envie saugrenue de créer un syndicat. Il explique très calmement aux cadres américains de son usine, via une interprète, qu'il faut éviter les syndicats. Parce que cela nuirait à la rentabilité. Et il ajoute : "si un syndicat arrive, je ferme". On se demande comment il a autorisé qu'une caméra soit présente à ce moment-là. I

Impossible de compter le nombre de scènes, où j'ai été stupéfaite que de tels propos soient tenus devant une caméra. Là est le tour de force des réalisateurs, Steven Bognar et Julia Reichert : avoir su gagner la confiance de tous et se faire oublier. On assiste à des ateliers surréalistes de formation à la "culture américaine" : les Américains sont lents, explique-t-on aux Chinois de l'usine, ils ont aussi beaucoup trop confiance en eux. Voilà comment on explique les États-Unis à des salariés chinois loin de leur famille, envoyés dans l'Ohio pendant deux ans, sans rallonge de salaire et avec juste le droit de dire merci.

C’est un film passionnant, qui raconte avec une grande subtilité et sans aucun manichéisme ce qu’on appelle trivialement le choc des cultures. Évidemment, ce n'est pas un hasard si les Obama on choisi d'en acheter les droits : ce film fait écho à la crise de l'industrie automobile, qui fut un gros enjeux pendant les mandats d'Obama. L'ancien président et sa femme ont aussi prévu de se lancer dans la production de podcast audio. Ils ont signé un accord avec Spotify. Si le résultat est du même acabit, j’ai hâte d’écouter ce que ça va donner. 

  • Légende du visuel principal: La mondialisation inversée. Quand un homme d'affaires chinois ouvre une usine aux Etats-Unis. © Netflix
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