Reportage à voir en replay sur France 2. Une historienne épluche les archives et arpente les musées du monde entier pour retrouver les tableaux spoliés à des juifs pendant la deuxième guerre mondiale et tenter de les faire restituer à leurs descendants. Un combat long et fastidieux, un devoir de mémoire.

C'est une enquête pour tenter de panser les plaies de l'histoire. Emmanuelle Pollack, historienne de l'art, traque partout dans le monde les tableaux volés aux juifs par les nazis et par le régime de Vichy. Les caméras de France 2 l'ont suivie pendant plusieurs mois : le reportage est à voir en replay sur le site de "13h15 le samedi". 

Collection liquidée

Cette historienne s'appuie sur des généalogistes, pour retrouver les descendants des propriétaires spoliés. Et c'est ainsi que Francine, une retraitée française, a reçu un beau jour un coup de fil lui apprenant que sa famille pouvait exiger de récupérer 450 tableaux. Notamment des Delacroix, des Renoir, des Pissaro. Francine connaissait l'histoire tragique de sa famille : une grand-tante, des tantes et des cousines mortes à Auschwitz. Mais elle ignorait qu'avant de périr dans les camps, ses aïeux avaient été dépossédés de leurs biens. Parce qu'ils étaient juifs, ils n'ont pas pu hériter de l'immense collection de tableau d'un grand oncle de Francine. Sous Vichy, la collection a été liquidée, vendue aux enchères sur ordre du commissariat général aux questions juives. Francine s'est alors lancée dans un combat fastidieux, qui n'est pas terminé aujourd'hui, pour prouver que ces tableaux reviennent à sa famille :

C'est de plus en plus difficile, parce que chaque question fait surgir d'autres questions. Je pense que je ne verrai pas la fin de cette histoire. Mais ce qui est important, c'est de ne pas lâcher : ça fait 70 ans, ça fait 80 ans, on laisse tomber? Non, on ne laisse pas tomber, on n'a pas le droit. C'est le devoir de mémoire. 

Le reportage de Leslie Benzaquen nous fait aussi découvrir le combat d'Alain : il a récupéré en mars 2018 un tableau exposé dans un musée en Suisse, qui appartenait à son arrière grand-tante. C'est l'aboutissement de dix ans de démarches. S'il a fait tout ça, explique-t-il, c'est pour prouver que les nazis n'ont pas gagné, eux qui considéraient que les juifs étaient trop impurs pour posséder des œuvres d'art. 

Bras de fer avec les musées

Le plus frappant, dans ce reportage, c'est la relation très compliquée entre ces familles et les musées où sont exposés les tableaux. Il y a notamment une séquence saisissante dans un musée de Troyes : une discussion très tendue entre la conservatrice du musée et Claire, autre descendante de juifs spoliés, qui cherche à récupérer un tableau de Derain. Évidemment que ces familles doivent prouver ce qu'elles avancent, il n'est pas question de leur donner ces tableaux en un claquement de doigt. Mais on se demande pourquoi toutes ressentent autant de réticences de la part des dirigeants des musées, qui semblent peu disposés à les aider dans leurs démarches. Comme si on avait encore du mal, en France, à assumer que les spoliations orchestrées par le régime de Vichy étaient bien une histoire française.  

Tableaux spoliés : la quête d'une vie. A voir en replay sur le site de France 2 (13h15 le samedi).

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Depuis les années 50, seulement une centaine d'oeuvres spoliées ont été restituées à leurs propriétaires. © France 2 - 13h15 le samedi
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