Sur le réseau social plébiscité par les jeunes, l'institut national de l'audiovisuel diffuse des vidéos baptisées "tech d'avant". On y voit l'ancêtre des smartphones ou des applications de rencontre, dans de savoureuses images d'archives. Voici le futur vu d'hier !

L'INA est sur TikTok. Si cette phrase est pour vous énigmatique, précisons. TikTok est un réseau social qui compte 800 millions d’utilisateurs dans le monde, 11 millions en France. On y trouve des courtes vidéos, la plupart du temps accompagnées de musique. Et depuis une semaine, l’Institut National de l’Audiovisuel, qui était déjà présent sur les autres plateformes, s'est lancée sur celle que plébiscitent massivement les ados et les jeunes adultes.

Du Minitel à Tinder

Voilà qui peut sembler paradoxal. Sur TikTok, on fait défiler les contenus en balayant l’écran avec le pouce, une vidéo chasse l’autre et il n’en reste pas grand-chose. On est loin de l’ambition patrimoniale de l’INA avec ses images d’archives. Mais ce paradoxe n’est qu’apparent : il y a déjà, en réalité, une forte culture du zapping, et même de l’image d’archive, sur ce réseau. Beaucoup de comptes font un carton en filmant leur télé, en proposant des zappings, ou même en diffusant sans autorisation des contenus de l’INA. Il fallait donc reprendre la main là-dessus. C’est aussi l’occasion de recruter un public plus jeune. Avec, par exemple, une archive de 1986 diffusée sur TikTok par l’INA : la drague sur Minitel. Tinder et les autres applications de rencontre n’ont qu’à bien se tenir : tout était déjà dit il y a 35 ans !

La confrontation du passé et des nouvelles technologies est assez savoureuse. C’est précisément là que le compte TikTok de l’INA fait un boulot éditorial intéressant : il ne s’agit pas de diffuser des archives rigolotes tous les jours, mais ce sont des collections de vidéos qui sont proposées, avec une thématique commune. Et la première est baptisée « tech d’avant ». 

Un pont entre hier et aujourd'hui

Ce sont des images d’archives sur les technologies du futur dans le passé. On est au futur antérieur, en somme ! Avec, autre exemple, un extrait de JT de 1999. L’ancêtre du smartphone. C’était un prototype, à l’époque. On imagine comme il devait être ressembler à de la science fiction pour le grand public. Un téléphone sans fil dans lequel on voit son interlocuteur ! Le charme de ces archives, c’est de confronter le possible d’hier au réel d’aujourd’hui. De mesurer le chemin parcouru. Mais aussi de relativiser l’impact des technologies sur nos vies. De créer un pont entre hier et aujourd’hui. D’ailleurs la collection suivante, après « tech d’avant » sera intitulée « jeunes d’avant », pour montrer comment était perçue la jeunesse dans les archives. 

Cette affaire de futur antérieur pose des questions un peu vertigineuses. Quelles archives utilisera-t-on, demain, pour raconter, l’année 2021 ? Est-ce qu’on aura l’air ridicule, aux yeux de nos semblables du futur ? Les images TikTok, justement, seront-elles perçues comme représentatives de notre époque ? Pensera-t-on que l’humanité, dans les années 2020, était obsédée par la danse et les défis un peu loufoques  (puisque c’est ce qu’on trouve sur TikTok)? De quel futur sommes-nous les archives ? 

  • Légende du visuel principal: "Coucou, tu me vois?" L'ancêtre du smartphone dans une archive INA de 1999, diffusée sur TikTok. © Institut National de l'Audiovisuel
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