Du jour au lendemain, il ou elle ne répond plus aux SMS, aux appels, aux messages sur les réseaux sociaux. Vous voilà devenu(e) un fantôme : vous avez été "ghosté(e)", disent les moins de 30 ans. Sur France TV Slash, une série documentaire examine cette tendance, qui raconte l'amour au temps du numérique

Le ghosting
Le ghosting © Biscuit production / Jérémy Bulté

Avez-vous déjà été ghosté(e) ? Avez-vous déjà ghosté quelqu’un ? Non, ça n’a rien à voir avec Patrick Swayze et Demi Moore. Oubliez le film « Ghost », je suis vous parle de la vraie vie. Il arrive parfois, notamment au début d'une relation amoureuse, que l'autre ne réponde plus, du jour au lendemain. Ni aux SMS, ni aux messages sur Facebook et Whatsapp, ni aux coups de fil. Plus rien. Sans aucune explication. C’est ça, se faire « ghoster »,  être transformé(e) par l’autre en fantôme. Cela peut concerner aussi les relations amicales, familiales, professionnelles. Ce comportement, bien entendu, existe depuis toujours, mais il semble qu’il ait pris de l’essor à l’ère des communications numériques. Le ghosting est au cœur d’une série documentaire baptisée « Fantômes », à voir gratuitement sur la plateforme France TV Slash.

Le format est conçu pour les téléphones portables mais vous pouvez tout à fait regarder sur un ordinateur. Il y a sept épisodes qui durent une dizaine de minutes chacun. 

Une chaîne de fantômes...

On y entend des témoignages de personnes qui ont vécu cette coupure de contact et d'autres qui l'ont fait subir. Le tout émaillé de commentaires de psy, de philosophe et sociologue. Ce qui est très intéressant, c'est que l'on suit une chaîne de fantômes, en quelques sortes.

Le premier épisode est consacré au témoignage d'Anthony, un jeune homme qui raconte comment Asma, il y a quelques années, a disparu alors qu’ils sortaient ensemble depuis trois semaines. Et ensuite on va voir Asma, qui explique comment les choses se sont passées de son point de vue (qui est très différent). Et puis Asma raconte une autre relation, avec Thomas. Et là c'est l'inverse, c'est lui qui a cessé de répondre un jour, comme ça, sans prévenir. Et ainsi de suite pendant sept épisodes. 

Il ne fut pas évident, on l'imagine, de contacter les ghosteurs. Jérémy Bulté, le réalisateur, se filme en train de contacter les gens. Bonjour, je vous appelle de la part d'unetelle qui n'a jamais eu de nouvelles de vous... Mais en expliquant son projet, il parvient presque à chaque fois à convaincre les personnes de témoigner. 

Tous ghosteurs, tous ghostés? 

Évidemment, ces histoires racontent quelque chose de l'ère numérique. Une approche presque consumériste de l'amour. C'est cruel, cynique, individualiste, peut-être. C'est d'autant plus difficile à vivre pour celui ou celle qui le subit que l'autre continue à exister sur les réseaux sociaux, souvent. Il ou elle publie des photos, on voit bien que sa vie continue. On voit bien que cette absence de réponse est juste une lâcheté, une façon de ne pas se justifier. Mais tout le mérite de dispositif en chaîne, c'est qu'on ne se contente pas d'accabler ou de juger celui ou celle qui a coupé les ponts, puisqu'il ou elle a subi la même chose !

Au fil des épisodes, on comprend que le sujet n'est pas seulement numérique. Il est question de rupture amoureuse. De la façon dont on affronte, ou pas, la tristesse de l'autre. Et des blessures qui peinent à cicatriser si elles ne sont pas affrontées. Transformer l'autre en fantôme, c'est aussi une façon de ne jamais passer à autre chose. Le propre des fantômes, c'est qu'ils continuent à vous hanter... Et ça, c'était déjà vrai bien avant le numérique. 

« Fantômes ». Une série documentaire en sept épisodes, à voir sur la plateforme France TV Slash. 

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