A voir sur Arte, le récit glaçant d'un photographe iranien qui participa à la propagande du régime de Khomeiny pendant la guerre Iran - Irak dans les années 1980. "L'obturateur de mon appareil photo était plus fort qu'une balle", explique cet homme aujourd'hui écrasé par la culpabilité.

Arte consacre ce mardi 10 septembre toute une soirée à la propagande. C’est surtout ce film, en deuxième partie de soirée (22h25), qui mérite le détour. Il est déjà disponible sur le site d’Arte, jusqu’au 8 novembre. : "Iran -Irak, la guerre par l'image." On y fait la connaissance de Saied Sadeghi, photoreporter iranien. Saied avait 27 ans quand la guerre entre l’Iran et l’Irak a éclaté. 

A l’époque, en 1980, il travaille pour le journal officiel du régime Khomeiny. C’est un fervent soutien de la révolution. Et il est envoyé au front pour couvrir les premières offensives des troupes de Saddam Hussein à la frontière. Il y restera pendant toute la guerre. Une guerre qui fera des centaines de milliers de morts pendant huit longues années.

Culpabilité lancinante

Trente ans plus tard, Saied, écrasé par le poids de la honte et de la culpabilité, raconte le pouvoir des images. « L’obturateur de mon appareil photo était plus fort qu’une balle », dit-il. Car ses photos étaient à la une journal, accompagnées de titres qui exaltaient le martyr des soldats. « La foi est la clé de notre victoire », ou encore : « L’Iran vaincra avec l’aide de Dieu. »

Le témoignage de Saied est accompagné d’images d’archives de cette guerre. Ses photos, en noir et blanc. Celles qui étaient publiées dans le journal, mais aussi les autres. Je dois vous prévenir que certaines sont insoutenables. Car Saied, aujourd’hui, veut montrer l’horreur de cette guerre qui hante ses cauchemars chaque nuit, trente ans plus tard. Il veut raconter l’odeur de la poudre, la fumée, le sang, les cadavres qui s’amoncellent. Et puis ces adolescents sacrifiés, qu’on envoyait volontairement sur un champ de mines pour les faire sauter et que les troupes suivantes puissent continuer les opérations. Saied, aujourd’hui, veut révéler la face cachée de ce passé traumatisant. 

Un pion pour détruire l'espoir d'une nation

Et dans le documentaire de Maryam Ebrahimi, on voit ce photographe parcourir l’Iran aujourd’hui, à la recherche des survivants. Il traverse le pays en train, à travers des paysages sublimes, pour retrouver ceux qu’il a pris en photo à l’époque. Ceux qui restent. « Je n’étais qu’un pion pour détruire l’espoir d’une nation », dit encore Saied. 

Son récit est un plaidoyer vibrant pour la paix. Car cette guerre, il l’a compris aujourd’hui, n’était qu’un prétexte du pouvoir de Khomeiny pour se renforcer, pour étouffer les voix dissidentes de la société. Voilà un film qui montre de manière implacable le pouvoir de la propagande. Combien de familles ont envoyé leur fils jouer les martyrs à cause des photos de Saied ? La question l’obsède chaque jour et chaque nuit. 

Aujourd’hui encore, des dépouilles de soldats iraniens sont exposées pour illustrer le caractère sacré de la guerre. Les autorités iraniennes ont confisqué tous les négatifs de Saied Sadeghi et utilisent encore ses photos pour leur propagande, sans son consentement.

« Iran-Irak, la guerre par l’image ». Un documentaire de Maryam Ebrahimi (52 minutes). 

  • Légende du visuel principal: La guerre hante ses cauchemars chaque nuit, trente ans plus tard. Saied a photographié le conflit Iran-Irak pour le régime de Khomeiny. © NimaFilm/ Seconde Vague Productions Spécial propagande Spécial propagande Que
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