A voir sur Arte, un documentaire passionnant et très émouvant sur le parcours de cette femme libre qui conquit la France des années 1920. Et sur ses relations tourmentées avec son pays natal, les États-Unis. Joséphine avait deux amours, son pays et Paris, mais le premier fut bien ingrat avec elle...

Si le nom de Joséphine Baker vous évoque surtout une femme qui danse nue avec une ceinture de bananes, regardez d'urgence ce très beau documentaire, qui s'appuie sur des images d'archives souvent inédites : Joséphine Baker, première icône noire (disponible jusqu'au 21/04/19). Vous comprendrez à quel point le parcours de cette artiste est un combat politique. Vous découvrirez aussi sa relation très compliquée avec son pays de naissance

Mon pays et Paris...

"I have a dream" : août 1963, le discours mythique de Martin Luther King. Joséphine était aussi à la tribune, ce jour là : peu de monde le sait. Elle était là, le jour de ce rassemblement historique contre la ségrégation raciale, à Washington. Elle fut la seule femme à prendre la parole devant cette foule immense. Elle qui a quitté son pays très jeune pour s'installer en France, elle qui est une immense star depuis 40 ans, prend le micro pour dire : c'est le plus beau jour de ma vie.

"Vous êtes un peuple unifié, enfin". Ce jour-là, Joséphine Baker ne portait pas de plume ou de paillettes, mais l'uniforme de la France Libre. Car pendant la guerre, en France, elle participa très activement à la Résistance. Elle cachait des plans et des documents secrets dans ses partitions, et organisait ses concerts en fonction de ses missions. 

Elle est retournée aux États-Unis avant ce discours avec Luther King, à quelques reprises, mais à chaque fois ce fut très douloureux. Joséphine a deux amours, son pays et Paris, sauf que le premier est bien ingrat avec elle. Elle pensait que la gloire acquise en Europe la protégerait du racisme. Pas du tout. On la refuse dans les hôtels. Elle est humiliée par la critique. Mais elle est aussi vivement critiquée par la communauté noire américaine, qui lui reproche de ne rien faire pour les droits civiques, de n'être qu'une star superficielle et égocentrique. 

Prophète en son pays

Il est vrai qu'à première vue, son combat contre le racisme n'est pas évident. Prenez cette fameuse ceinture de bananes, dans la France des années 20. C'était l'époque des expositions coloniales, l'époque des zoos humains. Joséphine était bien consciente d'incarner "la sauvage" aux yeux du public. Mais elle a inventé une façon à elle d'occuper cette place dérangeante. Elle s'empare d'un symbole raciste, les bananes, et le détourne pour en faire un objet de scandale. C'est une femme libre qui joue avec les fantasmes et les contradictions de son public. Devenir une star internationale, une icône noire, était, en soi, un combat immense.

Le tournant, dans cette relation tourmentée entre l'artiste et son pays natal, c'est un concert en Floride, en 1951 : elle impose dans son contrat que tout le monde soit admis dans la salle, quel que soit sa couleur de peau. C'est la première fois que les Noirs peuvent entrer dans les cabarets chics de Miami. Et c'est un triomphe. Une bonne partie du public est en larmes. 

Toute sa vie, elle a gardé le sourire, elle a encaissé. Et elle a fait évoluer les mentalités. Toute sa vie, elle a souffert du rejet de son pays natal. Sa présence aux côtés de Martin Luther King, à presque 60 ans, marque l'aboutissement d'un très long combat. On peut être prophète en son pays, à condition d'attendre longtemps. 

"Joséphine Baker, première icône noire". Documentaire signé Ilana Navaro. En replay sur le site web d'Arte jusqu'au 24/04 ou à la télé, dimanche 14/04/19 à 22h45. 

  • Légende du visuel principal: Joséphine Baker a vécu en France presque toute sa vie. Les retours aux Etats-Unis, son pays natal, furent souvent douloureux. © Aucun(e)
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