Ce film est à voir gratuitement sur la plateforme KuB. Un très beau documentaire de Lætitia Carton, en immersion dans un festival de danses traditionnelles. Quand la mazurka, la bourrée et la scottish viennent rappeler notre besoin de faire tourner le monde autour de nous...

Mon conseil du jour est à voir sur KUB. Une plateforme bretonne, financée en partie par la région Bretagne, mais ce n’est pas du tout un média régionaliste. On y trouve des fictions et des documentaires disponibles gratuitement, qui peuvent intéresser tout le monde, partout en France. Et il y a en ce moment sur KUB un très beau film, signé Lætitia Carton : « le grand bal »

Mais j’ai soudain des scrupules. Quand quelque chose manque, vaut-il mieux essayer de l’oublier, pour ne pas se faire de mal ? Ou faut-il au contraire mettre des images sur ce manque ? Allez, optons pour la deuxième solution. Cela ne vous a pas échappé : on ne fait plus la bamboche. Or ce documentaire vous propose d’entrer dans la danse. 

Un marathon de danse

A Gennetines, dans l’Allier, un festival de danse traditionnelle réunit chaque année plus de 2000 personnes. Ou plutôt il réunissait, avant la crise sanitaire. Mais il sera de retour un jour, évidemment. C’est un marathon impressionnant. On y danse pendant deux semaines, sans s’arrêter ou presque. La journée, on apprend les danses, dans des ateliers. La mazurka, la valse, la polka, la scottish, la tarentelle, la pizzica... Et le soir, il y a des bals. Les parquets chauffent jusqu’au petit matin. On essaie ensuite de grappiller quelques heures de sommeil. Et le lendemain, c’est reparti. 

Lætitia Carton filme avec beaucoup de talent les corps-à-corps des danseurs, l’ivresse du mouvement. Ce qui fait plaisir à voir, surtout, c’est le mélange des générations. Il y a là des hommes et des femmes de tous les âges, qui bravent ensemble la fatigue et perdent la notion du temps.  

Mais attention, on ne fait pas n’importe quoi, au bal : il faut respecter les pas de chaque danse. Et pour les débutants, c’est parfois compliqué. Un danseur confie :

La première année ici, ça a été une forme de traumatisme. Mais je me suis accroché, et je me souviens du moment où j'ai ressenti le plaisir de la danse. La première fois de ma vie ! C'était une révélation. Il y a des rencontres de danse, il se passe quelque chose : du désir lié à l'envie de vivre. 

Une grande sensualité irradie, en effet, des soirs de bal. Il y a les danses collectives, celles qui se pratiquent en ronde ou en chaîne. Je peux vous garantir que les images donnent une envie furieuse d’appartenir à ce collectif. Et il y a les danses de couple. Là, c’est autre chose : il faut inviter l’autre à danser. Et il faut que l’un des deux guide l’autre. D’ailleurs, les lignes bougent, pour le plus grand bonheur de tout le monde. Les femmes invitent les hommes, de plus en plus. Les femmes guident la danse, aussi. Et puis on danse entre femmes, entre hommes. Certaines femmes parlent dans ce film de leur frustration, de leur jalousie, à ne pas être assez invitée à danser, tout en se désolent de ne pas oser, inviter elles-mêmes ! Dans un bal, se racontent finalement beaucoup de choses sur les relations humaines. 

De ce film, surtout, se dégage une immense joie. Mes scrupules, finalement, étaient absurdes : évidemment qu’il faut mettre des images sur le manque. Ce film va vous émouvoir si vous aimez danser, que ce soit en bal folk ou en boite de nuit, ou encore à des fêtes chez des amis. Car il rappelle que les êtres humains ont un besoin impérieux d’être touchés, de se laisser porter par la musique, et de faire tourner le monde autour d’eux. 

« Le grand bal » (durée 1h25) : à voir sur la plateforme KUB. Le documentaire est disponible gratuitement jusqu’au 4 février. 

Pour soutenir Lætitia Carton, cliquez ici. 

  • Légende du visuel principal: La journée, on apprend les danses dans des ateliers. Et la nuit, on la passe au bal. © "Le grand bal", Laetitia Carton, Sanosi Production.
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