Sa carrière a duré cinq ans. Ce chanteur israélien, qui ne parlait pas français, a connu un succès immense au début des années 1970. Mais la gloire n'a rien gommé du mal-être de cet homme déraciné et mélancolique. Mike Brant est mort à 28 ans. Sa vie est un film, à voir sur France 3 ce vendredi 12 mars.

Immédiatement, vous pensez à la dégaine de ce chanteur des années 1970. Chemise à jabot largement ouverte sur un torse velu, cheveux mi-longs, pantalons patte d’eph moulant, très moulant. Vous allez en prendre plein les mirettes, sur le plan vestimentaire, ça oui. Mais l’intérêt de ce documentaire inédit, signé François Chaumont, est ailleurs. C’est le récit d’un destin tragique et fulgurant. "Mike Brant, l'étoile filante" est à voir sur France 3 le vendredi 12 mars à 21h.

Il s’agit d’abord de mesurer l’ampleur du phénomène. Entre le début de sa carrière en France et sa mort, il y eut seulement cinq ans. Cinq années de tourbillon et d'omniprésence médiatique. Mike Brant était tous les jours à la radio, toutes les semaines à la télévision. Des couvertures de journaux par centaines, quinze millions de disques vendus. Mais Moshé Brand, de son vrai nom, cachait un immense mal-être. C'était un homme tourmenté et déraciné. 

Le silence du petit Moshé

Le premier indice, c’est son mutisme de l'enfance. Jusqu’à l’âge de 4-5 ans, ce petit Israélien n’a pas prononcé un mot. Difficile de ne pas faire le lien avec le traumatisme familial, dont on ne parlait jamais à la maison. Ses parents étaient des rescapés de la Shoah. Sa mère, juive polonaise, a été déportée à Auschwitz. En grandissant, Moshé trouve dans le chant un exutoire et fait montre d’une voix exceptionnelle. Il chante dans un groupe. Et à l’occasion d’un concert au Liban, il est découvert par Sylvie Vartan, qui le fait venir à Paris.  

Le succès en langue étrangère

Ce qui parait à peine croyable, c’est que Mike Brant, au moment où sa carrière explose, ne parle pas un mot de français. Pour chaque chanson, il fallait travailler en phonétique. Tenter de gommer son accent, mettre la bonne intention, la bonne intonation. Un travail de titan ! Jean Renard, qui fut son directeur artistique, explique comment il a formaté le jeune homme pour en faire un chanteur de charme : c’était dans l’air du temps. Mais Mike Brant n’était pas Claude François : il était mal à l’aise avec l’amour du public, avec les cris de ses fans. Peu à peu, son angoisse, sa mélancolie, sa paranoïa, sont allés en s’aggravant. La guerre du Kippour, qui éclate dans son pays en 1973, aggrave encore ses tourments. C’est là qu’il s’est mis à avoir peur : peur du public, peur d’un attentat, peur des foules.  

Dis-lui...

Il fait une première tentative de suicide en 1974, en sautant par la fenêtre de sa chambre d’hôtel en Suisse. Il s’en sort avec une fracture ouverte. Et puis il se remet au travail, retourne en studio, en tournée. En avril 1975, à Paris cette fois, il saute à nouveau par la fenêtre et meurt, à l'âge de 28 ans. Il venait d’enregistrer "Dis-lui".  Or que raconte ce titre ? C’est un homme quitté par une femme qui veut qu’on dise à cette femme qu’il va bien, qu’il a repris goût à la vie. C’est un mensonge, mais il veut qu’elle le croie. En regardant Mike Brant chanter, avec son sourire de crooner, et en pensant à sa mort tragique, à sa mélancolie, on réalise qu’il n’a fait que ça : essayer de convaincre son public que tout allait bien. La vie de cet homme méritait largement les deux heures que dure ce documentaire sensible et intelligent.  

« Mike Brant, l’étoile filante ». A voir vendredi 12 mars à 21h sur France 3. 

  • Légende du visuel principal: Un homme tourmenté, déraciné. Un destin bouleversant. Mike Brant s'est suicidé en 1975, à l'âge de 28 ans. © capture d'écran France 3
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