A voir en replay sur France 5, un très beau portrait de cette designer française iconoclaste et brillante. Elle a notamment conçu les nouveaux kiosques à journaux parisiens, une enceinte connectée lumineuse, un manège pour le centre Pompidou, etc.

Comment définiriez-vous un designer ? C'est quelqu'un qui dessine des chaises et des vases, bien sûr ! Matali Crasset était un peu agacée par cette idée reçue, alors pendant longtemps, elle s'est refusée à plancher sur le moindre vase, ni sur aucun mobilier. Mais cela ne l'empêche pas de dire, avec simplicité : "mon métier, c'est de dessiner des objets et des lieux". France 5 lui a consacré un portrait passionnant et très beau - c'est important, la forme du film, sur un sujet pareil - disponible en replay.

On a trop souvent tendance à définir Matali Crasset comme une ancienne collaboratrice de Philippe Starck, mais elle est en voie de devenir aussi célèbre que lui. Une artiste à la renommée internationale dans l'univers du design, qu'on reconnait facilement grâce à ses cheveux. Une coupe au bol, qui n'est pas sans lien avec son métier :

On va rire, mais je trouve que cette coupe permet une meilleure circulation des idées !

Voilà qui raconte bien le personnage : une manière de ne rien laisser au hasard, de mettre du sens dans tout, y compris dans sa coupe de cheveux, mais avec légèreté et pas mal d'ironie. Vous avez forcément déjà vu le travail de Matali Crasset, même sans le savoir. C'est elle qui a créé les nouveaux kiosques à journaux parisiens, la librairie d'un musée de Dijon (le Consortium), une enceinte connectée lumineuse pour une marque d'électroménager, ou encore une lampe pour une célèbre marque suédoise.

On découvre dans ce film, au détour d'une visite à une classe, que son prénom est en réalité Nathalie avec un N. Mais elle a choisi de garder la prononciation erronée d'un enfant qui l'appelait Matali. Et ça lui va assez bien, parce que l'enfance est partout dans son travail. Rémy Batteault, l'auteur de ce documentaire, nous fait vivre la conception et la fabrication d'un manège, commandé par le centre Pompidou, à Paris. Un carrousel aux allures de saule pleureur, très écolo puisque ce sont les adultes qui pédalent pour que les enfants tournent.

Fabriquer des écureuils en tube métallique. En voilà un joli métier ! 

Tous les projets de Matali Crasset sont gorgés de poésie et de couleur. Mais son travail est aussi très politique. Le manège en saule, par exemple, est conçu pour sensibiliser les enfants à notre lien à la nature. Il y a une dimension utopique dans ses projets, au sens noble du terme. D'ailleurs, pour elle, le tout premier designer, c'était Jean-Baptiste Godin, le fondateur du Familistère de Guise, au 19ème siècle. Un industriel qui pensait à tous les aspects de la vie des habitants et qui a conçu lui-même les berceaux, pour ne plus que les bébés réveillent leur parents - ça oui, c'est de l'utopie. 

On ressort ragaillardi de cette immersion dans le travail d'une artiste iconoclaste et brillante. Et au fait, Matali Crasset a changé d'avis, pour les vases ! Elle en a finalement dessiné. Et elle a bien fait. Ses vases fabriquées à la Manufacture de Sèvres, haut lieu français de la faïence, ont une silhouette de super-héroïne portant une cap. De pures merveilles.

"Matali Crasset, le design ludique et politique". Un documentaire de Rémy Batteault, à voir en replay sur le site de France 5. 

  • Légende du visuel principal: Matali Crasset © Cocotte Minutes / France 5
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