Aucun porte-parole de la banque n'a accepté de répondre à leurs demandes d'interview mais leur enquête sur HSBC est tout de même passionnante. "Les gangsters de la finance", à voir ce soir sur Arte, par Jérôme Fritel et Marc Roche.

Jérôme Fritel et Marc Roche, qui avaient enquêté, il y a cinq ans, sur Goldman Sachs s'attaquent cette fois à HSBC, un empire au dessus des lois
Jérôme Fritel et Marc Roche, qui avaient enquêté, il y a cinq ans, sur Goldman Sachs s'attaquent cette fois à HSBC, un empire au dessus des lois © AFP / Gerard Bottino / Citizenside

Nous sommes le 12/12 aujourd’hui, date porte-bonheur. Vous allez donc jouer au Loto, devenir multimilliardaire et chercher un bon plan pour ne pas payer trop d'impôts. Je vous recommande une bonne vieille société écran. Et pour ça, autant faire appel à des spécialistes : HSBC. 

Ce documentaire est signé Jérôme Fritel et Marc Roche, qui avaient enquêté, il y a cinq ans, sur Goldman Sachs. Ils s'attaquent cette fois à un établissement financier britannique, un empire colossal : la banque HSBC, impliquée notamment dans les scandales Swissleaks et Panama Papers. C'est une enquête très approfondie, accessible aux néophytes, qui donne la parole à de nombreux interlocuteurs, mais il manque... HSBC. Aucun porte-parole de la banque n'a accepté de répondre aux demandes d'interview, c’est donc une enquête à charge. Il faut le garder en tête mais c’est passionnant tout de même. 

Au-dessus des lois?

Évasion fiscale, blanchiment de l'argent de la drogue et manipulation du cours des monnaies : cette banque, à en croire le documentaire, a violé toutes les règles possibles. De Genève à Hong-Kong, de New-York à Paris, on comprend comment elle a su tisser un réseau unique pour faire tourner l'argent sale autour de la planète. « C'est la meilleure blanchisseuse au monde », explique l'une des intervenantes. 

En 2012, HSBC est mise en cause aux États-Unis pour blanchiment, mais échappe finalement au procès et s’en sort avec une amende de deux milliards de dollars : l’équivalent d’un mois de profit, précise le documentaire. Les représentants du ministère des finances américain sont ensuite convoqués devant le Sénat. Et là, c’est l’une des séquences les plus fortes du film, une sénatrice démocrate pose la question : 

Combien de milliards de dollars des barons de la drogue faut-il blanchir et combien de sanctions économiques faut-il violer avant que quelqu’un ne décide à fermer une banque comme celle-ci ?

Les représentants du Trésor pâlissent un peu… et bredouillent : « Nous avons imposé à HSBC la plus grosse amende jamais imposée à une institution financière ». Mais ça ne répond pas à la question, alors la sénatrice la pose à nouveau. Pas plus de réponse. Illustration magistrale du principe du « too big to jail » : la banque est trop grosse pour aller en prison. Elle emploie 235.000 salariés sur cinq continents. 

Hong Kong, un Far West financier

L'histoire de la banque est indissociable de celle de Hong Kong. HSBC signifie Hong Kong and Shangaï Banking Corporation. La banque est née en même temps que la ville. En 1997, c’est la rétrocession à la Chine : Hong Kong n'est plus britannique. Et la stratégie d'HSBC fut de ne surtout pas choisir entre partir dans les valises de la couronne ou rester sous autorité chinoise. La banque a déménagé son siège à Londres, mais le cœur de ses affaires est resté à Hong Kong. Elle est devenue la plus chinoise des banques occidentales ou la plus européenne des banques chinoises : une position unique et un très bon calcul. Surtout qu’en matière financière, Hong Kong s’apparente à un Far West : rien de plus facile que d’apporter à la banque des semi-remorques d’argent liquide. Personne n'aura l'idée saugrenue de vous demander d'où viennent ces billets. 

Ce film, illustré avec de magnifiques images de Hong Kong, montre que dix ans après la crise, la stabilité financière mondiale est une illusion.  

« Les gangsters de la finance ». Ce soir sur Arte à 20h50. 

L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.